Présentation du Noble Coran, au plan linguistique et terminologique 

  1. Définition du Noble Coran au sens linguistique 

En revenant aux dictionnaires de la langue arabe ainsi qu’aux ouvrages d’exégèse attentifs aux significations du Coran, il apparaît que les savants ont principalement retenu deux orientations : 

  1. Le premier avis : al-Qur’ân est un nom propre désignant le Livre d’Allah, sans être dérivé d’une racine verbale. 
  1. Le second avis : il s’agit d’un terme dérivé d’un verbe hamzé, à savoir : قَرَأَ / اِقْرَأْ (qara’a / iqra’). Ce verbe peut alors signifier : comprendre en profondeur, acquérir la science, méditer, apprendre, suivre avec attention. D’autres ont dit qu’il peut évoquer l’ascèse et l’adoration ; et certains ont compris « iqra’ » dans le sens de « assumer / porter une charge ». Les Arabes disent en effet : « Cette chamelle n’a jamais “qara’at” dans son ventre un fœtus », c’est-à-dire : elle n’a jamais porté de grossesse — comme on le trouve dans Lisân al-‘Arab. Ainsi, le sens serait : porte ce Coran, à la lumière de la parole du Très-Haut :
    ﴿ Nous allons te jeter une parole lourde ﴾ (al-Muzzammil, 5),
    et cherche secours pour supporter ce poids par la prière nocturne :
    ﴿ Lève-toi la nuit ﴾ (al-Muzzammil, 2),
    tel l’ordre donné au début de la sourate. (De même, les Juifs furent chargés de la Torah mais ne la portèrent pas.) 

On a également dit que al-Qur’ân provient de al-qur’ : le rassemblement et la jonction ; ou encore qu’il dérive d’un verbe non hamzéقَرَنَ (qarana), « joindre une chose à une autre », d’où l’idée d’assemblage et d’association. D’autres enfin l’ont rattaché à al-qirâ (avec kasra sur le qâf), qui renvoie à l’hospitalité, la générosité, l’hommage et l’accueil. 

À l’appui de ce sens, on cite le hadith rapporté par Abû Hurayra : le Prophète  a dit :
« Il ne se réunit pas un groupe dans l’une des maisons d’Allah, récitant le Livre d’Allah et l’étudiant entre eux, sans que la quiétude ne descende sur eux, que la miséricorde ne les enveloppe, que les anges ne les entourent, et qu’Allah ne les mentionne auprès de ceux qui sont auprès de Lui. »
(Rapporté par مسلم, 2699) 

Et l’on rapporte aussi d’après ‘Abd Allâh ibn Mas‘ûd que le Messager d’Allah  a dit :
« Ce Coran est le banquet d’Allah : apprenez donc de Son banquet autant que vous le pouvez. »
(Ibn Kathîr l’a mentionné dans Faḍâ’il al-Qur’ân et al-Bayhaqî dans Shu‘ab al-Īmân.) 

On dit ma’dubah (avec ḍamma ou fatḥa sur le dâl), dérivé de adab. Al-Qurṭubî explique : le hadith est une parabole ; le Coran y est comparé à un mets préparé par Allah عز وجل pour les gens, dans lequel résident bien et profit, puis Il les y convie. On dit ma’dubah et ma’dabah : celui qui dit ma’dubah vise le festin qu’un homme prépare et auquel il invite ; celui qui dit ma’dabah le ramène à l’adab, en en faisant une forme dérivée de cette notion. 

Telles sont quelques-unes des significations de « Iqra’ », expression dont les gens de science ont dit qu’elle est comme le titre du Coran, et qui fut le tout premier dévoilement de la Révélation :
﴿ Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé ﴾ (al-‘Alaq, 1). 

  1. Définition du Noble Coran au sens terminologique 

Le Coran est : la Parole d’Allah تعالى, descendue sur Son Prophète Muḥammad  ; inimitable dans sa formulation et son sens ; dont la récitation constitue un acte d’adoration ; transmise jusqu’à nous par voie de tawâtur ; consignée dans les muṣḥaf-s, depuis le début de la sourate al-Fātiḥa jusqu’à la fin de la sourate an-Nâs.
C’est la définition retenue comme la plus juste. 

Explication des termes de la définition 

« Parole » (Kalâm) 

C’est la Parole d’Allah تعالى au sens verbal, telle que l’ont privilégiée les juristes, et non ce que certains théologiens spéculatifs et philosophes appellent la parole intérieure (an-nafsî). Allah تعالى est Qualifié de parole réelle, conformément à Sa parole :
﴿ Et Allah parla à Moïse, d’une parole explicite ﴾ (an-Nisâ’, 164). 

« Allah » 

C’est un nom propre du Dieu adoré en toute vérité ; non dérivé selon l’avis le plus répandu. D’autres ont dit qu’il dérive de وَلِهَ : être saisi de perplexité ; ou de أَلَهَ : s’adonner au culte et à l’adoration. Il est alors al-ma’lûh : Celui vers qui se tournent les cœurs par amour et vénération, par retour et crainte, par espoir, confiance, demande d’aide, imploration et recherche de protection. D’autres l’ont rattaché à لاه : s’élever et s’exalter, signifiant la transcendance et la hauteur. 

Parmi les particularités de ce Nom suprême : nul autre que Lui n’en a été nommé ; et il constitue l’origine de tous les plus beaux Noms, auxquels ils se rattachent. On dit : ar-Raḥmân, ar-Raḥîm, al-Quddûs, as-Salâm, al-‘Azîz, al-Ḥakîm sont des Noms d’Allah عز وجل ; mais on ne dit pas : « Allah » est un nom de « ar-Raḥîm », ni de « al-‘Azîz », et ainsi de suite. 

Parmi ses propriétés encore : il n’admet ni duel ni pluriel ; et l’alif-lâm y est originel, non un simple article de détermination : chacun de ses éléments est constitutif, au point que supprimer une seule lettre en altérerait le sens. De même que l’expression « Lâ ilâha illa-Llâh » comporte quatre parties tout en étant appelée une seule parole — la parole du tawḥîdla parole qui demeure — car chacune de ses composantes est essentielle ; de même, chaque lettre du Nom Allah est fondamentale. 

Et il n’est pas correct d’en faire un dhikr en répétant : « Allah, Allah, Allah… » ; le dhikr est plutôt : « Lâ ilâha illa-Llâh », et c’est le meilleur des rappels, comme dans le hadith de Jâbir ibn ‘Abd Allâh رضي الله عنهما : le Messager d’Allah  a dit :
« Le meilleur du dhikr est : Lâ ilâha illa-Llâh ; et la meilleure invocation est : al-ḥamdu li-Llâh. »
(Rapporté par at-Tirmidhî ; il l’a jugé حسن, et al-Albânî l’a authentifié dans as-Silsila aṣ-Ṣaḥîḥa n° 1497.)
De même, dire : « yâ Allâh » n’est valable que si cet appel est suivi d’une demande (du‘â’). 

« Descendue » (al-munazzal) 

Le Coran a connu trois “descentes” : 

  1. Son inscription dans le Tableau préservé (al-Lawḥ al-Maḥfûẓ). 
  1. Sa descente en une seule fois lors de la Nuit du Destin (Laylat al-Qadr). 
  1. Sa descente progressive, fragment par fragment, sur vingt-trois ans. 

Le Coran lui-même y fait allusion : le verbe أُنْزِلَ renvoie généralement à la descente en bloc, tandis que نُزِّلَ renvoie à la descente progressive. Ainsi :
﴿ Nous l’avons fait descendre en la Nuit du Destin ﴾ (al-Qadr, 1),
et : ﴿ Nous l’avons fait descendre en une nuit bénie… ﴾ (ad-Dukhân, 3)
indiquent la descente en une fois ; tandis que :
﴿ Béni soit Celui qui a fait descendre progressivement le Discernement sur Son serviteur… ﴾ (al-Furqân, 1),
et : ﴿ Louange à Allah qui a fait descendre sur Son serviteur le Livre… ﴾ (al-Kahf, 1)
pointent la descente graduelle. 

Le Coran évoque aussi cette progressivité par l’allusion au tanjîm (révélation par “étoiles”, c’est-à-dire par portions) dans la parole :
﴿ Par l’étoile quand elle chute ﴾ (an-Najm, 1),
c’est-à-dire : le Coran lorsqu’il descend, comme l’indiquent les versets suivants :
﴿ Votre compagnon ne s’est pas égaré… Ce n’est qu’une révélation qui est révélée ﴾ (an-Najm, 2–4).
Et la parole :
﴿ Je jure donc par les emplacements des étoiles ﴾ (al-Wâqi‘a, 75),
c’est-à-dire : les “étoiles” du Coran, puisque l’objet du serment est le Coran :
﴿ C’est certes un Coran noble ﴾ (al-Wâqi‘a, 77). 

« Sur son Prophète Muḥammad  » 

C’est celui qu’Allah a élu, façonné sous Son regard, préservé, ainsi que sa lignée, purifié et honoré. Il fut d’abord gratifié de la prophétie par :
﴿ Lis… ﴾ (al-‘Alaq, 1)
pendant trois ans, puis envoyé par :
﴿ Lève-toi donc et avertis ﴾ (al-Muddaththir, 2).
Il fut alors Prophète et Messager. Allah a également honoré sa cité (La Mecque, Mère des cités), honoré sa langue, honoré son siècle (le meilleur des siècles) et honoré ses califes et ses Compagnons رضي الله عنهم. 

« Inimitable » (al-mu‘jiz) 

La mu‘jiza est un acte d’Allah تعالى qui brise l’ordre habituel, qu’Allah fait apparaître par la main de celui qui prétend à la prophétie au moment de sa prétention, en confirmation de son message. Le Noble Coran est la mu‘jiza par laquelle Allah تعالى a soutenu Son Prophète : Il défia les Arabes à La Mecque d’en produire l’équivalent — d’abord l’ensemble :
﴿ Dis : si les hommes et les djinns s’unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne produiraient rien de semblable… ﴾ (al-Isrâ’, 88),
puis dix sourates :
﴿ …Apportez donc dix sourates semblables… ﴾ (Hûd, 13),
puis une sourate :
﴿ …Apportez donc une sourate semblable… ﴾ (Yûnus, 38),
puis une sourate « de semblable » :
﴿ Et si vous êtes en doute au sujet de ce que Nous avons fait descendre sur Notre serviteur, apportez donc une sourate semblable… Mais si vous ne le faites pas — et vous ne le ferez jamais — alors prémunissez-vous contre le Feu… ﴾ (al-Baqara, 23–24).
Le défi fut aussi adressé aux Gens du Livre à Médine, et il demeure jusqu’au Jour de la Rétribution, selon :
﴿ Et vous ne le ferez jamais ﴾ (al-Baqara, 24). 

« Transmise jusqu’à nous par tawâtur » 

Transmise par une chaîne massive : de Jibrîl au Prophète , puis aux Compagnons, jusqu’à ce qu’Abû Bakr رضي الله عنه ordonne sa compilation après les guerres de l’apostasie, lorsque ‘Umar رضي الله عنه lui dit : « Le massacre s’est abattu sur les récitateurs ; si tu ordonnais la collecte du Coran… ». Puis ‘Uthmân رضي الله عنه unifia les gens autour d’un muṣḥaf unique, dans une langue et une lecture unifiées, lorsque les raisons qui justifiaient la récitation sur sept aḥruf avaient pris fin. Et Allah تعالى est plus Savant, plus Élevé et plus Majestueux.