La médecine prophétique

La médecine prophétique (al-ibb al-Nabawî) 

La santé fait partie des immenses bienfaits qu’Allāh – عز وجل – accorde aux hommes, individuellement comme collectivement. D’après ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās – رضي الله عنهما –, le Prophète  a dit : 

« Deux bienfaits dont beaucoup de gens sont dupes : la santé et le temps libre. »
(al-Bukhārī) 

S’attacher aux principes et aux enseignements liés à la préservation de la santé est un moyen de se fortifier pour accomplir les piliers de l’Islam, et pour servir l’apogée de sa cime : le jihād. C’est aussi un moyen de gagner sa vie et de chercher la subsistance. 

Les ouvrages de la Sunna renferment de nombreux hadiths du Messager d’Allāh  concernant les maladies et leurs traitements. Certains savants ont même composé des livres spécifiques à ce sujet : an-Nawawî dans un ouvrage intitulé al-ibb al-Nabawî, Ibn al-Qayyim dans Zād al-Maʿād, Ibn ajar dans son commentaire du Ṣaī d’al-Bukhārī, al-Dhahabî dans al-ibb al-Nabawî, et d’autres encore. 

La médecine prophétique désigne l’ensemble de ce qui est authentiquement rapporté du Prophète  en lien avec le soin et la guérison des maladies et des douleurs. Elle se divise en deux parties : 

Premièrement : la médecine prophétique préventive 

La Sunna a abordé de nombreux aspects de prévention en matière de santé publique : adopter les moyens de préserver la vigueur du corps, et prendre les causes qui protègent l’homme des maladies avant qu’elles ne surviennent. Cela relève de ce que l’on appelle aujourd’hui la quarantaine sanitaire : interdire aux personnes atteintes de maladies contagieuses de fréquenter et de toucher les autres ; et empêcher ceux qui ne sont pas atteints de se mêler à ceux qui le sont, avec une mise en garde explicite contre certaines contagions comme la lèpre et la peste. 

D’après Usāma ibn Zayd – رضي الله عنهما –, le Messager d’Allāh  a dit : 

« Si vous entendez parler de la peste dans une contrée, n’y entrez pas ; et si elle survient là où vous vous trouvez, n’en sortez pas en fuyant. »
(al-Bukhārī) 

Et d’après Abū Hurayra – رضي الله عنه –, il a dit  : 

« Ne mettez pas un malade au contact d’un bien-portant. »
(al-Bukhārī) 

Ces hadiths et d’autres établissent l’idée de contagion, la légitimité de la quarantaine, et l’obligation de prendre les moyens de prévention. 

Il est également connu que des hadiths authentiques rapportent une formulation niant la contagion, telle sa parole  : 

« Pas de contagion (qui agirait par elle-même) et pas de mauvais présage. »
(al-Bukhārī) 

Dans les sciences du hadith, ce type de question relève de ce que l’on appelle les textes en apparente divergence (al-mutaʿāri). Les savants ont levé cette difficulté en conciliant les preuves. 

L’imām an-Nawawî, après avoir rappelé qu’il faut impérativement concilier les hadiths quand cela est possible, dit en substance : 

« Les textes en apparente divergence sont de deux types : l’un peut être concilié, et c’est alors obligatoire, car on doit agir selon les deux hadiths. Dès lors qu’il est possible de comprendre les paroles du Législateur d’une façon qui rende le bénéfice plus large, il faut s’y tenir, et l’on ne se tourne pas vers l’abrogation tant que la conciliation demeure possible. Car abroger revient à retirer à l’un des deux hadiths son statut de preuve agissante.
Un exemple de conciliation : le hadith “Pas de contagion” avec le hadith “Ne mettez pas un malade au contact d’un bien-portant”. Le sens est que les maladies ne se transmettent pas par leur nature propre, mais qu’Allāh – سبحانه وتعالى – a fait du contact une cause de transmission. Le premier hadith réfute la croyance de la Jāhiliyya selon laquelle la contagion agirait d’elle-même ; le second oriente vers l’évitement de ce dont l’habitude fait naître un dommage, par le décret d’Allāh et Sa puissance… » 

Et le shaykh al-Albānī dit : 

« Sache qu’il n’y a pas de contradiction entre ce hadith et ceux relatifs à la contagion : car ces derniers visent à établir la contagion, et qu’elle se transmet – avec la permission d’Allāh تعالى – du malade au bien-portant. » 

Le musulman doit donc comprendre l’équilibre entre la prise des moyens et la confiance en Allāh : adopter les causes légiférées ne contredit pas le tawakkul ; de même, il ne doit pas absolutiser les causes au point de tomber dans une forme de “polythéisme des causes”, ni délaisser les causes légitimes au point de tomber dans le laisser-aller et la négligence. 

Deuxièmement : la médecine prophétique curative 

Elle consiste à recourir aux moyens de soin et de guérison des maladies déjà présentes : par les invocations, les ruqya légiférées, et les médicaments licites. Les exemples en sont nombreux ; parmi eux : 

Le traitement par la ruqya légiférée et l’invocation 

La Fātia 

La sourate d’ouverture, Fātiat al-Kitāb, est les « sept répétées » et la Mère du Coran ; elle est ruqya et remède bénéfique. Parmi ses noms figure al-Shāfiya : celle qui guérit du souci, de l’angoisse, de la peur et de la tristesse. Quant à sa portée curative pour les maladies du corps, la Sunna authentique l’a confirmée. 

Abū Saʿīd – رضي الله عنه – rapporte qu’un groupe de Compagnons voyagea et s’arrêta auprès d’une tribu arabe. Ils demandèrent l’hospitalité, mais on la leur refusa. Or le chef de cette tribu fut piqué (par un animal venimeux). On tenta tout ce qu’on pouvait, sans résultat. Certains dirent : « Allez donc voir ce groupe d’hommes ; peut-être que l’un d’eux a quelque chose. » Ils vinrent et dirent : « Ô groupe, notre chef a été piqué et nous avons tout essayé ; avez-vous quelque chose ? »
L’un d’eux répondit : « Oui, par Allāh, je pratique la ruqya. Mais par Allāh, nous vous avons demandé l’hospitalité et vous nous l’avez refusée ; je ne ferai pas de ruqya pour vous tant que vous ne nous fixerez pas une contrepartie. » Ils conclurent alors sur un troupeau de moutons. L’homme se mit à souffler légèrement en récitant : { Louange à Allāh, Seigneur des mondes } (al-Fātia : 2). Et voilà que le chef se redressa comme si on le détachait d’une entrave ; il marcha sans aucune trace de mal. Ils payèrent alors la contrepartie convenue. Certains Compagnons dirent : « Partageons ! » Celui qui avait fait la ruqya dit : « Ne le faites pas avant que nous ne revenions au Messager d’Allāh  pour l’informer et voir ce qu’il ordonne. » Ils vinrent donc au Prophète  et lui racontèrent. Il dit : 

« Et qu’est-ce qui t’a fait savoir que c’était une ruqya ? Vous avez bien fait. Partagez, et réservez-moi une part avec vous. »
(al-Bukhārī) 

Cela prouve la légitimité de la ruqya par la Fātia, et plus généralement la légitimité de la ruqya, avec une emphase particulière pour la Fātia. Cela montre aussi qu’il n’y a pas de mal, en principe, à percevoir une contrepartie (juʿl) pour une ruqya. 

De nombreux textes authentiques rapportent d’autres ruqya, parmi lesquels : 

  • D’après Ibn ʿAbbās – رضي الله عنهما –, le Prophète  a dit :
    « Il n’est pas de musulman qui rende visite à un malade dont le terme n’est pas arrivé et dise sept fois : “Je demande à Allāh l’Immense, Seigneur du Trône immense, de te guérir”, sans qu’Allāh ne lui accorde la guérison. »
    (Amad) 
  • ʿUthmān ibn Abī al-ʿĀṣ al-Thaqafī – رضي الله عنه – se plaignit d’une douleur persistante depuis son islam. Le Prophète  lui dit :
    « Pose ta main sur l’endroit douloureux de ton corps et dis trois fois : “BismiLlāh”. Puis dis sept fois : “Je cherche refuge auprès d’Allāh et de Sa puissance contre le mal que je ressens et que je redoute.” »
    (Ibn ibbān) 
  • D’après Abū Nara, d’après Abū Saʿīd, Jibrīl vint au Prophète  et lui dit :
    « Ô Muammad, souffres-tu ? » Il répondit : « Oui. »
    Jibrīl dit : « Au nom d’Allāh, je te fais ruqya contre tout ce qui te nuit, contre le mal de toute âme ou de tout œil envieux. Qu’Allāh te guérisse. Au nom d’Allāh, je te fais ruqya. »
    (Muslim) 
  • D’après ʿĀʾisha – رضي الله عنها –, lorsque le Prophète  venait à un malade, ou qu’on lui amenait un malade, il disait :
    « Fais disparaître le mal, Seigneur des gens. Guéris, car Tu es le Guérisseur. Il n’y a de guérison que Ta guérison : une guérison qui ne laisse aucune maladie. »
    (al-Bukhārī) 

Et bien d’autres invocations et ruqya qui sont, par la permission d’Allāh, des causes de guérison et de levée de l’épreuve. Cela atteste que la ruqya est légiférée et qu’elle fait partie des moyens de la médecine prophétique. 

Ibn al-Qayyim dit :
« Parmi les plus grands remèdes : faire le bien et l’ihsān, le dhikr et l’invocation, l’humiliation devant Allāh et le repentir, et se soigner par le Noble Coran. Son effet est plus grand que celui des médicaments, selon la disposition de l’âme et son acceptation. » 

L’invocation (duʿāʾ) 

Le duʿāʾ est l’un des remèdes les plus profitables, surtout lorsque celui qui invoque est convaincu qu’Allāh exauce, qu’il persévère, et qu’il choisit les temps et les états nobles : le jour de ʿArafah, Ramaān, le vendredi, l’heure du dernier tiers de la nuit, la descente de la pluie, la prosternation, ou l’affrontement dans la voie d’Allāh. On commence l’invocation par la louange d’Allāh et l’éloge, puis par la prière sur le Prophète . 

Voici un aperçu d’invocations prophétiques qui englobent la guérison des maladies du cœur et du corps : 

  • « Ô Allāh, je cherche refuge auprès de Toi contre le vitiligo, la folie, la lèpre, et contre les mauvaises maladies. »
    (Amad) 
  • « Ô Allāh, je cherche refuge auprès de Toi contre l’incapacité et la paresse, la lâcheté et l’avarice, la sénilité et la dureté du cœur, l’insouciance, la misère, l’humiliation et la pauvreté. Et je cherche refuge auprès de Toi contre la surdité, le mutisme, la folie, la lèpre, le vitiligo et les mauvaises maladies. »
    (al-ākim) 
  • « Ô Allāh, je Te demande le pardon et l’affia (la préservation et la santé). »
    (Abū Dāwūd) 
  • « Ô Allāh, je cherche refuge auprès de Toi contre les caractères blâmables, les œuvres répréhensibles, les passions, et les maladies. »
    (al-Tirmidhī) 

Parmi les remèdes de la médecine prophétique 

Le miel 

D’après Abū Saʿīd al-Khudrī – رضي الله عنه – : un homme vint au Prophète  et dit : « Mon frère a le ventre dérangé (diarrhée). » Le Prophète  répondit :
« Donne-lui du miel à boire. »
Il lui en donna, puis revint en disant : « Je lui ai donné du miel, et cela n’a fait qu’aggraver la diarrhée. » Le Prophète  le lui répéta trois fois, puis, à la quatrième :
« Donne-lui du miel. »
L’homme dit : « Je lui en ai donné, et cela ne fait qu’aggraver… »
Le Prophète  dit alors :
« Allāh a dit vrai, et le ventre de ton frère a menti. »
Il lui en donna, et il guérit.
(Muslim) 

Les savants ont affirmé les propriétés élevées du miel dans le traitement de nombreuses affections, et ses bienfaits sont si nombreux qu’Allāh تعالى a dit : 

{ Il y a en lui une guérison pour les gens. }
(al-Nal : 69) 

L’eau de Zamzam 

C’est l’eau la plus noble, la plus précieuse, la plus aimée des âmes. Il est établi dans le Ṣaī de Muslim que le Prophète  dit à Abū Dharr – رضي الله عنه – qui resta quarante jours et nuits entre la Kaʿba et ses tentures sans nourriture autre que l’eau de Zamzam : 

« Elle est bénie ; elle est une nourriture qui nourrit. »
Et une autre version ajoute : « et une guérison pour la maladie. » 

D’après Jābir – رضي الله عنه – :
« L’eau de Zamzam est pour ce pour quoi elle est bue. »
(Ibn Mājah) 

Le Prophète  transportait l’eau de Zamzam dans des récipients : il la versait sur les malades et leur en faisait boire. Mujāhid disait :
« L’eau de Zamzam est pour ce pour quoi elle est bue : si tu la bois en voulant la guérison, Allāh te guérit ; si tu la bois pour la soif, Allāh t’abreuve. » 

Ibn al-Qayyim dit dans Zād al-Maʿād :
« J’ai expérimenté — moi et d’autres — des choses étonnantes en se soignant par l’eau de Zamzam. Je m’en suis soigné pour plusieurs maladies et j’ai guéri, par la permission d’Allāh. J’ai vu des personnes s’en nourrir des jours durant, proche de la demi-mois ou davantage, sans ressentir la faim, et tourner autour de la Kaʿba avec les gens comme l’un d’eux. Et l’on m’a rapporté qu’il lui arrivait d’y rester quarante jours. » 

La hijāma (saignée par ventouses) 

Le terme hijāma, dans la langue, renvoie à l’aspiration ; et techniquement, c’est pratiquer de petites incisions sur l’endroit douloureux afin d’en extraire le sang vicié. Les Arabes la connaissaient depuis l’antiquité, et le Prophète  l’a approuvée. Elle est encore pratiquée jusqu’à ce jour, et le Prophète  y a lui-même eu recours. 

D’après umayd : on demanda à Anas ibn Mālik au sujet du gain du praticien de la hijāma ; il répondit :
« Le Messager d’Allāh  s’est fait pratiquer la hijāma par Abū ayba. Il lui ordonna une mesure de deux sāʿ de nourriture, et parla à sa famille, qui réduisit ce qu’il devait. Il dit :
“Le meilleur de ce par quoi vous vous soignez est la hijāma — ou : elle est parmi vos remèdes les plus exemplaires.” »
(Muslim) 

Et dans le hadith de Ibn ʿAbbās – رضي الله عنهما –, le Prophète  a dit :
« La guérison est dans trois choses : une incision du hijām, une gorgée de miel, ou une cautérisation par le feu — et j’interdis à ma communauté la cautérisation. »
(al-Bukhārī) 

La hijāma est bénéfique, par la permission d’Allāh, pour de nombreuses douleurs, notamment celles de la tête. Salmā – رضي الله عنها – servante du Messager d’Allāh , rapporte :
« Personne ne se plaignait au Prophète  d’une douleur à la tête sans qu’il ne dise : “Fais la hijāma.” »
(Abū Dāwūd) 

La graine noire (al-abba al-sawdāʾ) 

La graine noire — appelée aussi graine bénie, cumin noir, ou shūnīz — a suscité l’intérêt de la médecine moderne pour ses extraits bénéfiques, son action sur de nombreuses affections, et son renforcement de l’immunité. 

D’après ʿĀʾisha – رضي الله عنها –, elle a entendu le Prophète  dire : 

« Cette graine noire est une guérison pour toute maladie, sauf le sāmm. »
Elle demanda : « Qu’est-ce que le sāmm ? »
Il répondit : « La mort. »
(al-Bukhārī) 

Ibn al-Qayyim dit :
« Il ressort de sa guidance  qu’il interrogeait le malade sur ce qu’il ressentait et sur son état, qu’il lui demandait ce qu’il désirait, qu’il posait sa main sur son front — et parfois entre ses deux seins — puis invoquait pour lui et lui indiquait ce qui lui convenait dans sa maladie. Parfois il faisait ses ablutions et versait sur le malade de l’eau de ses ablutions. Parfois il disait : “Il n’y a pas de mal, purification – إن شاء الله.” Tout cela relève de la perfection de sa délicatesse, de la beauté de son soin et de sa juste conduite. » 

Le Messager d’Allāh  a abordé, dans sa médecine, de nombreuses affections, et a clarifié les propriétés de plusieurs remèdes. La médecine prophétique est l’ensemble de ce qui est authentiquement rapporté de lui  en lien avec la médecine — qu’il s’agisse d’un noble verset coranique ou de hadiths prophétiques authentiques. 

Ibn al-Qayyim dit encore :
« La médecine du Prophète  n’est pas comme celle des médecins. La médecine du Prophète  est une certitude, un savoir décisif, divin, issu de la Révélation, de la niche de la prophétie et de la perfection de la raison. La médecine d’autrui n’est bien souvent que conjecture, suppositions et expériences. Et l’on ne saurait nier que de nombreux malades ne profitent pas de la médecine prophétique : ils n’en profitent que s’ils la reçoivent avec acceptation, avec la conviction qu’elle est une cause de guérison, et avec une réception parfaite faite de foi et de soumission. » 

Veillons donc sur notre santé corporelle et spirituelle, en appliquant dans nos vies la guidance du Prophète  : sa guidance est la plus parfaite des guidances. Que les prières et la paix d’Allāh soient sur lui.