Accueil du mois béni de Ramadhan
Ramadhan est l’occasion du temps, le rendez-vous précieux des âmes lucides. Tel doit être le regard du musulman. Ainsi le concevaient nos pieux prédécesseurs – qu’Allah les agrée. Pour eux, Ramadhan n’était pas un mois parmi d’autres : il occupait dans leurs cœurs un rang singulier, manifeste dans leur préparation empressée, leur joie à son approche, leurs invocations ferventes et leurs supplications insistantes pour qu’Allah – Exalté soit-Il – leur accorde d’y parvenir, tant ils connaissaient sa vertu et l’éminence de son statut auprès du Seigneur, Glorieux et Majestueux.
Écoute la parole de Mu‘allā ibn al-Faḍl :
« Ils – c’est-à-dire les Compagnons – invoquaient Allah durant six mois afin qu’Il leur fasse atteindre Ramadhan, puis ils L’invoquaient durant six autres mois afin qu’Il accepte d’eux leurs œuvres accomplies en ce mois. »
Yahyā ibn Abī Kathīr disait quant à lui :
« Parmi leurs invocations figurait : “Ô Allah, préserve-moi jusqu’à Ramadhan ; Ô Allah, préserve Ramadhan pour moi ; et reçois-le de ma part, agréé.” »
Implorer d’atteindre Ramadhan et s’y préparer est une voie prophétique. Notre mère ‘Ā’isha – qu’Allah l’agrée – décrivant l’état du Messager d’Allah ﷺ dans sa préparation au mois béni, dit :
« Je ne l’ai jamais vu jeûner autant dans un mois que dans celui de Sha‘bān ; il jeûnait tout Sha‘bān, ou presque. »
(Rapporté par Muslim)
Voilà leur préparation… Qu’en est-il de la nôtre ?
J’ai réuni pour toi, mon frère, quelques points qui me paraissent essentiels pour accueillir Ramadhan. Il en est certes d’autres, peut-être plus importants encore ; mais voici ce qu’Allah a permis de rassembler. Je Lui demande qu’Il nous en fasse bénéficier, toi comme moi.
1 – L’intention sincère (an-niyya al-khāliṣa)
Parmi les plus nobles préparatifs figure la résolution ferme d’emplir Ramadhan d’actes d’obéissance, d’y multiplier les bonnes œuvres, d’y délaisser les fautes, et de déployer tous ses efforts afin de tirer profit de chaque instant en quête de l’agrément d’Allah, Exalté soit-Il.
Cette détermination est capitale. Le serviteur ignore à quel moment le terme fixé le surprendra. Si sa vie s’interrompt avant l’accomplissement de ce qu’il projetait, son intention se substitue à l’acte : Allah le rétribue pour la sincérité de son dessein et la noblesse de sa résolution, quand bien même il n’aurait pu agir.
Ibn ‘Abbās – qu’Allah les agrée – rapporte que le Prophète ﷺ a dit :
« Certes, Allah a inscrit les bonnes actions et les mauvaises, puis Il les a explicitées. Quiconque projette une bonne action sans pouvoir l’accomplir, Allah l’inscrit auprès de Lui comme une bonne action complète… »
(Hadith unanimement reconnu authentique)
Et il a dit encore :
« Les actes ne valent que par les intentions, et chacun n’aura que ce qu’il a réellement voulu. »
(Authentique, unanimement reconnu)
Nous connaissions des gens qui jeûnaient avec nous l’an passé, et qui ne sont plus parmi nous aujourd’hui. Combien espéraient vivre ce mois pour en goûter les bienfaits, et furent devancés par la mort avant de l’atteindre, plongés dans l’obscurité de la tombe.
Combien connaissais-tu de jeûneurs,
Parmi proches, voisins et compagnons ?
La mort les a emportés et t’a laissé après eux ;
Ô vivant ! que la distance entre lointain et proche est infime.
Combien accueillent un jour sans l’achever ? Combien espèrent un lendemain qu’ils ne verront jamais ? Si vous contempliez la brièveté du terme et la facilité avec laquelle il survient, vous haïriez les illusions de l’espérance trompeuse.
‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azīz – qu’Allah lui fasse miséricorde – prêcha un jour :
« Vous n’avez pas été créés en vain et vous ne serez pas abandonnés sans compte. Vous avez un retour inévitable où Allah tranchera entre Ses serviteurs. Perdant et voué à la ruine est celui qui se prive de la miséricorde d’Allah, qui embrasse toute chose, et qui se voit exclu d’un Paradis large comme les cieux et la terre. Ne voyez-vous pas que vous êtes issus de générations vouées à disparaître, et que d’autres vous succéderont, jusqu’à ce que tout retourne au Meilleur des héritiers ? Chaque jour, vous accompagnez vers Allah un partant du matin ou du soir, dont le terme est achevé. Vous le déposez dans une fissure de la terre, sans coussin ni lit préparé. Il a abandonné les causes, quitté les proches, habité la poussière et fait face au Jugement : riche de ce qu’il a laissé, pauvre de ce qu’il a avancé. Craignez donc Allah avant que ne survienne la mort et que ne s’éteigne le délai. Ô toi trompé par la longueur de l’espoir, réjoui par la médiocrité de tes œuvres ! Redoute la mort, car tu ignores quand le terme fondra sur toi. »
L’intention ! La résolution ! La sincérité !
« S’ils avaient vraiment voulu partir, ils s’y seraient préparés. » (At-Tawba, 46)
« S’ils avaient été véridiques envers Allah, cela aurait été meilleur pour eux. » (Muhammad, 21)
2 – Le repentir véridique (at-tawba an-naṣūḥ)
Le repentir est une obligation permanente, pour tout péché et en tout temps. Mais à l’approche de ce mois d’obéissance, il devient plus impérieux encore. Celui qui persiste dans la désobéissance n’est guère favorisé pour l’adoration ni digne de proximité. Les péchés portent en eux une malédiction : ils engendrent la privation et appellent l’abandon. Ils enchaînent le serviteur, l’empêchant de marcher vers l’obéissance au Tout-Miséricordieux. Leur lourdeur entrave l’élan vers le bien et la promptitude dans l’adoration. Le cœur s’assombrit, se durcit, s’éloigne d’Allah.
Comment un tel cœur goûterait-il la douceur de l’obéissance ? Comment serait-il apte au service ou digne de l’entretien intime (munājāt) avec son Seigneur, alors qu’il est souillé par les impuretés des fautes ?
Celui qui s’entête dans la désobéissance est privé de la réussite dans l’adoration ; et s’il l’accomplit malgré tout, ce sera sans saveur ni lumière, sans intimité ni sérénité – dans la peine et la contrainte – conséquence funeste des péchés.
Un des anciens disait :
« J’ai été privé de la prière nocturne une année entière à cause d’un péché que j’avais commis. »
Al-Ḥasan disait à ceux qui se plaignaient de ne pouvoir veiller la nuit :
« Ce sont vos fautes qui vous ont entravés. »
Al-Fuḍayl affirmait :
« Si tu es incapable de prier la nuit et de jeûner le jour, sache que tu es enchaîné ; tes péchés t’ont retenu. »
Il est donc indispensable de se tourner vers un repentir sincère, réunissant ses conditions : cesser le péché, le regretter, se résoudre à ne plus y revenir, restituer les droits à leurs ayants droit, et manifester devant le Tout-Puissant un cœur humble, pauvre et implorant. Multiplie les invocations, persévère dans la demande de pardon, insiste et supplie afin qu’Allah accepte ton retour avant Ramadhan et t’inscrive, à sa clôture, parmi ceux qu’Il affranchit du Feu.
La marque de la sincérité est la constance dans l’imploration et l’abondance de l’istighfār. Lève donc les mains vers Lui et dis :
- Ô Toi qui vois les secrets des cœurs et entends les murmures,
- Toi qui prépares toute chose attendue,
- Toi vers qui l’on se tourne dans l’épreuve,
- Toi dont la générosité réside dans le simple « Sois » – et cela est !
- Accorde-moi Ta grâce, car tout bien est auprès de Toi.
Je n’ai d’autre moyen que ma pauvreté vers Toi ;
C’est par ce dénuement que je repousse ma misère.
Je n’ai d’autre recours que de frapper à Ta porte ;
Si Tu me repousses, à quelle porte frapperai-je ?
Qui invoquerai-je, si Ta largesse m’est refusée ?
Il est impossible que Ta grâce désespère celui qui espère.
Ta générosité est immense, Tes dons inépuisables.
3 – Connaître la noblesse du temps
Le temps est la substance même de la vie. Il est ton capital auprès d’Allah. Chaque instant qui s’écoule sans acte pieux est une part de félicité perdue.
Ibn al-Jawzī disait :
« Il convient à l’homme de mesurer la valeur de son temps et de ne pas en laisser passer un instant sans l’employer à un rapprochement d’Allah. »
Si ton capital est ta vie, garde-toi de le dépenser en ce qui n’est point profitable.
Ramadhan est l’une des perles les plus précieuses de l’existence. Allah l’a qualifié de « jours comptés » – allusion à leur brièveté et à leur rapide disparition. Ainsi en est-il des saisons bénies : elles passent promptement. Seul en profite celui qui s’y prépare avec vigilance.
Lorsque le croyant médite sur la courte durée de Ramadhan, il sait que la peine de l’obéissance s’évanouira, tandis que subsistera la récompense, accompagnée de l’expansion du cœur et de la joie d’avoir servi son Seigneur.
Combien de fatigues endurées pour Allah ont disparu, laissant derrière elles une rétribution conservée auprès de Lui !
Et combien d’heures d’insouciance ont passé, dissipant leur plaisir et laissant leur fardeau !
L’heure consacrée au rappel est richesse et opulence ;
L’heure perdue en divertissement est faillite et indigence.
4 – Modérer sa nourriture
Réduire la nourriture est une sagesse du jeûne et un objectif de Ramadhan : accorder au corps un repos, et à l’âme un espace pour l’adoration. L’excès de nourriture endurcit les cœurs jusqu’à les rendre semblables à la pierre ; il alourdit l’âme et détourne de la station debout devant Allah.
Qui veut savourer la prière doit alléger son estomac. La frugalité adoucit le cœur, aiguise l’intelligence, brise l’orgueil et apaise les passions.
Muḥammad ibn Wāsi‘ disait :
« Celui qui mange peu comprend et fait comprendre ; il s’adoucit et s’épure. L’abondance de nourriture prive son auteur de bien des choses qu’il désire. »
Le Prophète ﷺ dit à un homme qui venait d’éructer en sa présence :
« Épargne-nous tes renvois ; ceux qui se seront le plus rassasiés ici-bas seront les plus affamés au Jour de la Résurrection. »
(Rapporté par at-Tirmidhī)
5 – Apprendre les règles juridiques du jeûne (fiqh aṣ-ṣiyām)
Il est impératif de connaître les prescriptions, conditions et bienséances du jeûne, afin de l’accomplir conformément à ce qu’Allah agrée, d’en récolter la récompense et d’en atteindre le fruit suprême : la taqwā. Combien jeûnent sans véritable jeûne, par ignorance de ses règles ! Combien devraient rompre pour maladie grave ou excuse légale, mais persistent et s’exposent au péché !
L’apprentissage du fiqh du jeûne est une obligation individuelle pour quiconque y est astreint.
6 – Habituer l’âme
- a) Au jeûne: Le Prophèteﷺ jeûnait abondamment Sha‘bān afin de préparer l’âme à Ramadhan, pour qu’à son entrée elle soit prête, sans lassitude ni lourdeur.
- b) À la prière nocturne (qiyāmal-layl): Tradition immense que nous avons délaissée ! Délice spirituel que nous n’avons guère goûté ! Elle est le jardin des croyants en ce monde, l’école où se purifient les cœurs et se forment les caractères.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Attachez-vous à la prière nocturne : elle était la voie des pieux avant vous ; elle rapproche d’Allah, expie les fautes, préserve du péché et repousse la maladie du corps. »
(Rapporté par at-Tirmidhī)
Habitue-toi à veiller, ne serait-ce que par deux unités de prière, puis augmente progressivement jusqu’à ce que ton cœur s’ouvre aux effusions de la miséricorde.
- c) À la lecture abondante du Coran: Ramadhan est le mois du Coran. Le Prophèteﷺ révisait le Coran chaque nuit de Ramadhan avec Jibrīl. Les pieux prédécesseurs accordaient à la récitation une attention particulière durant ce mois.
7 – L’empressement et l’ardeur
La compétition dans le bien est un principe fondamental.
« Hâtez-vous vers un pardon de votre Seigneur et vers un Paradis large comme les cieux et la terre, préparé pour les pieux. » (Āl ‘Imrān, 133)
« Rivalisez pour un pardon de votre Seigneur… » (Al-Ḥadīd, 21)
Le Prophète ﷺ a dit :
« Les isolés ont devancé tous les autres. » – « Qui sont-ils, ô Messager d’Allah ? » – « Ceux et celles qui évoquent abondamment Allah. »
Les premiers se considéraient chacun personnellement interpellés par ces versets. Ils rivalisaient en obéissance, au point qu’ils disaient :
« Si un homme à l’Orient apprenait qu’un homme à l’Occident est plus aimé d’Allah que lui, et que son cœur se brisait d’affliction au point d’en mourir, cela ne serait pas étonnant. »
Sache, mon frère bien-aimé, que l’affaire est grave, non sujette à plaisanterie :
« Par le Seigneur du ciel et de la terre ! Ceci est vérité, tout comme vous parlez. » (Adh-Dhāriyāt, 23)
Efforce-toi donc d’être parmi les jeûneurs authentiques et les veilleurs sincères, afin d’obtenir la récompense : le pardon de tes fautes passées et à venir.
Je demande à Allah, le Généreux, de nous faire atteindre Ramadhan de longues années encore, et de nous compter, en ce mois béni, parmi ceux qu’Il affranchit du Feu.
Āmīn.