Le concept de la moralité en Islam 

Le concept de la moralité en Islam 

La morale en Islam se définit comme l’ensemble des principes et des règles qui ordonnent le comportement humain. Elle est fixée par la Révélation afin d’organiser la vie de l’homme d’une manière qui réalise, avec la plus grande perfection, la finalité de son existence en ce monde. Ce système moral islamique se distingue par deux caractéristiques majeures : 

  1. Une dimension divine : en ce sens qu’il procède de la volonté d’Allāh, سبحانه وتعالى. 
  1. Une dimension humaine : car l’être humain y a sa part d’effort et d’implication, dans la mise en œuvre concrète et l’application pratique de ces principes. 

Ce système est celui de l’action orientée vers une vie vertueuse : il dessine une manière d’être, un art de se conduire et de traiter avec soi-même, avec Allāh, et avec la société. 

Il s’agit d’un édifice où le volet théorique s’accorde pleinement au volet pratique. Ce n’est pas seulement un élément parmi d’autres du système islamique global : il en est plutôt le cœur, la substance, l’âme qui circule dans toutes ses dimensions. Car, de façon générale, l’ordre islamique repose fondamentalement sur ses principes moraux ; mieux encore : la morale constitue l’essence même de toutes les révélations célestes. Le Messager d’Allāh  dit en effet : 

« Je n’ai été envoyé que pour parachever les nobles caractères. »
(Rapporté par Amad dans son Musnad) 

La finalité de sa mission  est donc d’accomplir la perfection morale, d’en redresser les déviations et d’en répandre les hautes vertus. Davantage : l’objectif de toutes les révélations est, en réalité, un objectif moral ; et la religion, en son fond, n’est rien d’autre que la beauté du caractère. 

Et tant la morale est centrale que nous la retrouvons jusque dans le domaine de la croyance : Allāh – سبحانه وتعالى – et Son Messager  lient étroitement la foi à la bonne conduite. Dans un hadith, lorsqu’on demanda au Prophète  : « Quels sont les croyants dont la foi est la meilleure ? », il répondit : 

« Ceux dont le caractère est le meilleur. »
(Rapporté par al-abarānī dans al-Awsa) 

L’Islam a également qualifié la foi de birr (piété, bienfaisance). Allāh تعالى dit : 

﴿ لَيْسَ الْبِرَّ أَنْ تُوَلُّوا وُجُوهَكُمْ قِبَلَ الْمَشْرِقِ وَالْمَغْرِبِ وَلَكِنَّ الْبِرَّ مَنْ آمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ وَالْمَلائِكَةِ وَالْكِتَابِ وَالنَّبِيِّينَ ﴾
(al-Baqara : 177) 

Et le Prophète  a dit : 

« Le birr, c’est la bonne moralité. »
(Rapporté par Muslim) 

Le birr est un qualificatif de l’action morale, ou, plus largement, un terme englobant les multiples formes du bien. 

De même que le lien entre morale et foi est manifeste, le lien entre morale et adoration l’est tout autant : l’adoration porte en elle, par essence, une âme morale, puisqu’elle consiste à s’acquitter des droits d’Allāh. Et cette relation apparaît avec encore plus d’évidence dans les transactions et les rapports sociaux — second grand volet de la Sharīʿa. 

Ainsi voit-on que l’Islam, dans l’ensemble de ses dimensions, est noué par un lien moral en vue d’une finalité morale : ce qui confirme que la morale est l’esprit de l’Islam, et que le système législatif islamique est un corps vivant incarnant cette âme éthique. 

Le caractère est de deux types 

  1. Un caractère noble : il relève de l’adab, de la vertu, et se traduit par des paroles et des actes beaux, rationnellement et religieusement. 
  1. Un caractère vil : il relève de la mauvaise conduite et de la bassesse, et engendre des paroles et des actes laids, rationnellement et religieusement. 

Et parmi les voies les plus sûres — et les plus sublimes — pour gagner l’amour du Messager d’Allāh  et obtenir sa proximité au Jour de la Résurrection, figure la noblesse du caractère. Il dit  : 

« Les plus aimés de moi, et ceux qui seront les plus proches de moi au Jour de la Résurrection, sont ceux dont la moralité est la meilleure. »
(Rapporté par al-Tirmidhī) 

La morale et la pratique de la foi 

La morale en Islam ne repose ni sur des théories partisanes, ni sur des intérêts individuels, ni sur des facteurs environnementaux changeants qui se teintent au gré des circonstances. Elle est plutôt un épanchement issu de la source vive de la foi : sa lumière irradie l’âme de l’intérieur et se propage au dehors. 

Les vertus morales ne sont pas des qualités isolées ; elles sont des anneaux solidaires d’une même chaîne. Sa croyance est morale, sa législation est morale : le musulman n’en brise pas un maillon sans ouvrir une brèche dans sa foi. Le Messager d’Allāh  dit : 

« Le fornicateur ne commet pas la fornication alors qu’il est croyant ; le buveur ne boit pas du vin alors qu’il est croyant ; et le voleur ne vole pas alors qu’il est croyant. »
(Rapporté par al-Bukhārī) 

On lui demanda  : « Le croyant ment-il ? »
Il répondit : « Non. »
Puis il récita la parole d’Allāh تعالى : 

﴿ إِنَّمَا يَفْتَرِي الْكَذِبَ الَّذِينَ لا يُؤْمِنُونَ بِآياتِ اللَّهِ وَأُولَئِكَ هُمُ الْكَاذِبُونَ ﴾
(al-Nal : 105) 

La morale est donc la preuve vivante de l’Islam et sa traduction concrète : plus la foi est forte, plus elle fait naître un caractère solide et lumineux. 

La permanence et la stabilité de la morale 

La morale en Islam n’est pas un luxe dont on se dispense lorsque l’environnement change. Elle n’est pas un vêtement que l’on enfile selon la situation, puis que l’on retire à volonté. Elle est, au contraire, faite de constantes, à l’image des sphères et des orbites où se meuvent les astres : elle ne change pas avec le passage du temps, car elle procède de la fitra, la nature primordiale. 

Allāh تعالى dit : 

﴿ فِطْرَتَ اللَّهِ الَّتِي فَطَرَ النَّاسَ عَلَيْهَا لا تَبْدِيلَ لِخَلْقِ اللَّهِ ﴾
(al-Rūm : 30)