Hadith : Les actes ne valent que par les intentions

D’après l’Émir des croyants Abū afṣ ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb – qu’Allāh l’agrée – qui dit :
« J’ai entendu le Messager d’Allāh  dire : 

“Les actes ne valent que par les intentions, et chacun n’aura que ce qu’il a eu l’intention de faire. Ainsi, celui dont l’émigration (hijra) est pour Allāh et Son Messager, son émigration est pour Allāh et Son Messager ; et celui dont l’émigration est pour un bien de ce bas monde qu’il veut atteindre, ou pour une femme qu’il veut épouser, son émigration sera vers ce pour quoi il a émigré.” » 

Rapporté par al-Bukhārī et Muslim dans leurs Ṣaī. 

Explication 

Ce hadith a reçu une attention sans égale de la part des savants du hadith, tant il renferme de principes majeurs au cœur de la religion. Certains savants sont même allés jusqu’à dire que la religion tourne autour de deux hadiths : celui-ci, et celui de ʿĀʾisha – qu’Allāh l’agrée – : 

« Quiconque accomplit une œuvre qui n’est pas conforme à notre ordre, elle est rejetée. »
L’explication en est limpide : le hadith de ʿĀʾisha constitue la balance des œuvres apparentes, tandis que le hadith « des intentions » est la balance des œuvres intérieures. 

Dans la langue arabe, la niyya (intention) signifie le dessein, la volonté, l’orientation du vouloir. Il apparaît ainsi que l’intention relève des actes du cœur ; c’est pourquoi il n’est pas légiféré de la prononcer. Le Prophète  ne formulait pas l’intention à voix haute lorsqu’il accomplissait une adoration. Quant à la parole du pèlerin : « Labbayka Allāhumma ajjan » (Me voici, ô Allāh, pour un ajj), ce n’est pas une “énonciation de l’intention” au sens strict, mais plutôt l’annonce de l’entrée en sacralisation rituelle : la talbiya, dans le ajj, est comparable au takbīr d’ouverture dans la prière. La preuve en est que si quelqu’un accomplissait le pèlerinage sans prononcer cette formule, son ajj resterait valide selon la majorité des gens de science. 

L’intention apporte deux bénéfices essentiels : 

  1. Distinguer les actes d’adoration entre eux : différencier, par exemple, une aumône volontaire du règlement d’une dette ; ou distinguer le jeûne surérogatoire du jeûne obligatoire. 
  1. Distinguer l’adoration de l’habitude : un homme peut se laver en ayant l’intention de la purification majeure (janāba) : son lavage devient une adoration pour laquelle il est récompensé. S’il se lave uniquement pour se rafraîchir face à la chaleur, l’acte demeure une simple habitude, sans récompense cultuelle. 

De là, les savants ont déduit une règle capitale : « Les choses valent selon leurs finalités (leurs intentions). » Et cette maxime irrigue l’ensemble des chapitres du fiqh. 

Au début du hadith, le Prophète  dit : « Les actes ne valent que par les intentions », c’est-à-dire : aucun acte ne se conçoit sans intention. L’être responsable (mukallaf) ne peut poser, de son propre choix, un acte volontaire totalement dénué d’intention. Cette compréhension permet aussi de répondre à ceux qu’Allāh éprouve par les troubles obsessionnels : ils répètent l’acte plusieurs fois, le diable leur insinuant qu’ils “n’ont pas eu d’intention”. On les rassure : tant qu’ils agissent de leur plein gré, sans contrainte, leur acte ne peut pas surgir sans intention. 

Et la suite : « Chacun n’aura que ce qu’il a eu l’intention de faire » indique l’obligation de la sincérité envers Allāh dans toutes les œuvres. Car l’homme ne récolte réellement de son acte que ce qu’il a visé par lui. S’il a voulu Allāh et la Demeure dernière, Allāh lui inscrit la récompense de son œuvre et lui prodigue Sa largesse. Mais s’il a visé la réputation, la complaisance des gens, l’ostentation, alors son œuvre s’effondre, et il en porte le fardeau. Allāh – Exalté soit-Il – dit : 

{ Quiconque espère la rencontre de son Seigneur, qu’il accomplisse une œuvre صالحَة, et qu’il n’associe personne à l’adoration de son Seigneur. }
(al-Kahf : 110) 

Il apparaît donc que l’homme sensé doit orienter sa préoccupation vers l’Au-delà en toute chose, surveiller son cœur, et se prémunir contre l’ostentation et le “petit polythéisme”. Le Prophète  l’a exprimé par ces paroles : 

« Celui dont le souci est ce bas monde, Allāh disperse ses affaires, place sa pauvreté entre ses yeux, et il n’obtient de ce monde que ce qui lui a été écrit. Et celui dont l’intention est l’Au-delà, Allāh lui rassemble ses affaires, met sa richesse dans son cœur, et le monde vient à lui malgré lui. »
(Rapporté par Ibn Mājah) 

Parmi les merveilles de l’intention : elle peut élever le serviteur aux rangs des pieux, et lui faire écrire la récompense d’œuvres immenses qu’il n’a pourtant pas accomplies – uniquement par la sincérité de son dessein. Ainsi, après l’expédition de Tabūk, le Prophète  dit : 

« À Médine, il y a des gens : vous n’avez parcouru aucune distance, ni franchi aucune vallée, sans qu’ils n’aient été avec vous. »
Ils dirent : « Ô Messager d’Allāh, alors qu’ils sont à Médine ? »
Il répondit : « Alors qu’ils sont à Médine : une excuse les a retenus. »
(Rapporté par al-Bukhārī) 

Et parce que l’acceptation des œuvres est intimement liée à la sincérité, le Prophète  donna un exemple frappant, clarifiant l’idée avec force : 

« Celui dont l’émigration est pour Allāh et Son Messager, son émigration est pour Allāh et Son Messager ; et celui dont l’émigration est pour un bien de ce monde qu’il veut obtenir, ou pour une femme qu’il veut épouser, son émigration sera vers ce pour quoi il a émigré. » 

À l’origine, la hijra est le passage de la demeure de la mécréance vers la demeure de l’islam, ou encore le passage d’un environnement de désobéissance vers un lieu de droiture. Et cette hijra ne cesse pas tant que la porte du repentir demeure ouverte. Il est rapporté du Prophète  : 

« L’émigration ne cessera pas tant que le repentir ne cessera pas ; et le repentir ne cessera pas tant que le soleil ne se lèvera pas de l’Occident. »
(Amad dans son Musnad, Abū Dāwūd et al-Nasāʾī) 

Certains pourraient croire à une contradiction avec la parole du Prophète  : « Il n’y a plus de hijra après la conquête » (rapporté dans les deux Ṣaī). La réponse est que ce dernier hadith vise un sens précis : la fin de l’émigration depuis La Mecque, devenue terre d’islam ; on ne quitte plus La Mecque comme on la quittait lorsqu’elle était terre de polythéisme. 

Dans la Loi, le terme “hijra” renvoie globalement à trois types : 

  1. Quitter un lieu : passer de la terre de mécréance à la terre de foi. 
  1. Quitter l’acte : délaisser toutes les formes de polythéisme et de désobéissance. Comme dans le hadith :
    « Le musulman est celui dont les musulmans sont à l’abri de sa langue et de sa main ; et l’émigré est celui qui délaisse ce qu’Allāh a interdit. »
    (Consensus : al-Bukhārī et Muslim) 
  1. S’éloigner de l’auteur de la faute : boycotter les gens d’innovation et de péché, à condition que cela produise un bénéfice réel : qu’ils reviennent de leurs écarts. Si cela n’apporte aucun bien et ne réalise pas l’objectif, alors ce boycott devient interdit. 

On remarque aussi que le Prophète  a cité spécifiquement la femme – « ou une femme qu’il veut épouser » . C’est pour renforcer la mise en garde contre la tentation, car l’épreuve qu’elles représentent est plus incisive.  

Et dans la formule : « son émigration sera vers ce pour quoi il a émigré », il ne mentionne pas spécifiquement un bien ou un but; il y renvoie par un pronom, comme pour rabaisser ce but mondain, en souligner la petitesse, et marquer qu’il ne mérite même pas d’être nommé. 

Enfin, ce hadith enseigne aussi – au-delà de tout ce qui précède – que le prêcheur avisé doit recourir aux exemples pour mettre la vérité en pleine lumière : l’âme humaine aime les récits et les paraboles ; l’idée, lorsqu’elle est accompagnée d’un exemple, frappe l’oreille et s’installe dans le cœur sans demander permission, laissant sa trace. Voilà pourquoi les exemples abondent dans le Livre et la Sunna. 

Nous demandons à Allāh – تعالى – de nous accorder la sincérité dans nos paroles et nos actes. Et louange à Allāh, Seigneur des mondes.