Profiter des dix dernières nuits

Ces dix nuits sont comme le diadème du temps : pleines de bénédictions, précieuses dans chacune de leurs heures. C’est au cours d’elles qu’eut lieu le premier élan de l’islam, que jaillit la première lueur de sa lumière éclatante, et que la terre fut reliée au ciel par la descente des premiers versets du Noble Coran...

Les dix dernières nuits du Ramadhan sont les plus fécondes en récompenses et les plus hautes en mérite. Elles sont des nuits de dons immenses, de largesses abondantes et de grâce sur grâce : le mérite de l’adoration s’y unit à la noblesse du temps. C’est le temps des miséricordes qui descendent, des bénédictions qui se répandent, des faux pas qui sont effacés, des invocations qui trouvent réponse, et des âmes vouées à la ruine qui sont affranchies. En elles se rejoignent l’excellence du moment et la noblesse de l’état du serviteur.

Ces dix nuits sont comme le diadème du temps : pleines de bénédictions, précieuses dans chacune de leurs heures. C’est au cours d’elles qu’eut lieu le premier élan de l’islam, que jaillit la première lueur de sa lumière éclatante, et que la terre fut reliée au ciel par la descente des premiers versets du Noble Coran :

Lis au nom de ton Seigneur qui a créé.

Or cette descente eut lieu pendant le Ramadhan, dans ses dix dernières nuits, durant la Nuit du Destin :

Nous l’avons certes fait descendre durant la Nuit du Destin.

Si le Ramadhan est le meilleur des mois et le plus noble d’entre eux, alors ses dix dernières nuits en sont l’essence la plus pure. Elles sont le meilleur du meilleur. Et la Nuit du Destin en est le sommet. Par Allah, on ne saurait trop la rechercher, fût-ce pendant dix nuits, un mois entier ou toute une vie.

Les savants ont observé que, dans les temps bénis et les moments d’exception, la fin est souvent plus noble que le commencement. Ainsi en est-il du vendredi, dont les dernières heures sont parmi les plus précieuses ; ainsi en est-il aussi de la fin de la nuit, et des dix dernières nuits du Ramadhan.

Heureux le serviteur à qui Allah accorde de comprendre qu’une belle fin peut réparer les manquements du début. Qui sait ? Peut-être la bénédiction de ton œuvre durant ce mois se cache-t-elle dans ses derniers instants. Car les œuvres valent par leur conclusion.

Ce qui compte n’est pas la longueur de la vie, mais la qualité des œuvres. Un seul instant vécu par les Compagnons auprès du Messager d’Allah صلى الله عليه وسلم ne saurait être égalé par l’adoration d’une vie entière. Une prière dans la Mosquée sacrée vaut cent mille prières ailleurs. Et la Nuit du Destin est meilleure que mille mois.

Les particularités des dix dernières nuits et la manière dont le Prophète صلى الله عليه وسلم les vivait.

Allah تعالى a distingué les dix dernières nuits du Ramadhan par des faveurs qu’on ne retrouve en nul autre moment, et par des dons qu’on ne saurait obtenir ailleurs. Le Prophète صلى الله عليه وسلم, lui aussi, leur accordait une attention toute particulière par des actes d’adoration éminents.

Premièrement : un effort redoublé dans l’adoration

Le Prophète صلى الله عليه وسلم s’y adonnait à l’adoration avec une intensité qu’il ne déployait pas le reste du mois. ‘Aïcha رضي الله عنها rapporte :

« Le Messager d’Allah صلى الله عليه وسلم faisait dans les dix dernières nuits un effort qu’il ne faisait pas en d’autres moments. »
Rapporté par Muslim.

Il passait ces nuits à les faire vivre par la prière, l’évocation d’Allah et la récitation du Coran. ‘Aïcha رضي الله عنها dit encore :

« Quand entraient les dix dernières nuits, il veillait la nuit, réveillait sa famille, redoublait d’ardeur et serrait son vêtement. »
Rapporté par Muslim.

Il réveillait sa famille afin qu’elle participe elle aussi à la prière et au rappel d’Allah, soucieux qu’aucun des siens ne soit privé du bien immense de ces nuits. Ibn Rajab a dit :

« Lorsqu’il ne restait plus que dix nuits du Ramadhan, le Prophète صلى الله عليه وسلم ne laissait aucun membre de sa famille capable de veiller dans l’adoration sans le faire lever. »

L’expression « serrer son vêtement » signifie qu’il se détournait des rapports conjugaux et se consacrait tout entier à l’adoration, avec sérieux et résolution.

Deuxièmement : la retraite spirituelle (al-i‘tikâf)

Dans les deux Sahîh, ‘Aïcha رضي الله عنها rapporte :

« Le Prophète صلى الله عليه وسلم se retirait dans la mosquée durant les dix dernières nuits du Ramadhan jusqu’à ce qu’Allah reprenne son âme. Après lui, ses épouses observèrent cette retraite à leur tour. »

Le Prophète صلى الله عليه وسلم ne délaissa jamais cette retraite durant ces nuits jusqu’à sa mort.

Dans son sens premier, al-i‘tikâf désigne le fait de se tenir attaché à une chose et de s’y maintenir. En droit musulman, il s’agit pour une personne déterminée de demeurer dans la mosquée selon des conditions bien connues.

Son esprit est clair : se détourner du monde, se consacrer à l’adoration, et vider son cœur de tout ce qui le distrait de l’obéissance et de la proximité d’Allah. Il ne convient donc pas au fidèle en retraite de se disperser dans ce qui l’éloigne de son but. Il ne devrait pas non plus faire de son lieu de retraite un endroit de visite et de conversation, au risque de perdre son recueillement et de voir troublée sa solitude avec son Seigneur. Car s’il s’est retiré du tumulte du monde, ce n’est pas pour le faire entrer avec lui jusque dans son oratoire. Il convient aussi qu’il allège sa nourriture et sa boisson, afin que le corps ne l’alourdisse pas et ne le détourne pas de l’adoration.

Abû Hurayra رضي الله عنه rapporte que le Prophète صلى الله عليه وسلم a interdit le jeûne continu sans rupture. Un homme lui dit alors : « Mais toi, ô Messager d’Allah, tu le fais. » Il répondit :

« Qui d’entre vous est semblable à moi ? Je passe la nuit auprès de mon Seigneur, qui me nourrit et m’abreuve. »
Rapporté par al-Bukhârî et Muslim.

Il est évident qu’il ne s’agit pas ici d’une nourriture matérielle, mais d’une nourriture spirituelle, d’ouvertures divines et de secours venus d’Allah. S’il leur a interdit cette pratique, c’est afin qu’ils ne s’affaiblissent pas au point de ne plus pouvoir persévérer dans l’adoration. Tout, chez lui صلى الله عليه وسلم, relevait d’un usage parfait du temps, sans en laisser perdre la moindre part, ni dans la nourriture, ni dans le sommeil. Qu’Allah prie sur lui et lui accorde la paix la plus parfaite.

Troisièmement : la recherche de la Nuit du Destin

Si le Prophète صلى الله عليه وسلم redoublait d’efforts et se retirait dans la mosquée, c’était pour se consacrer pleinement à l’adoration, couper court aux distractions, et rechercher la Nuit du Destin, cette nuit bénie et majestueuse, dans laquelle Allah a fait que l’œuvre accomplie vaille mieux que celle de mille mois. Il dit سبحانه :

La Nuit du Destin est meilleure que mille mois.

C’est au cours de cette nuit que sont arrêtés les décrets concernant les créatures pour l’année à venir : les vivants et les morts, les heureux et les malheureux, les termes de vie et les subsistances. Allah تعالى dit :

En elle est décidé tout ordre sage.

C’est une nuit où les portes s’ouvrent, où l’appel est entendu, où les invocations sont exaucées et où les espérances prennent corps. C’est la nuit où l’islam a pris son essor et où le Coran est descendu. C’est une nuit de paix : Allah veut pour le monde la paix et la sécurité, la paix des sociétés, celle des cœurs et des âmes, et celle qui doit régner entre les hommes :

Paix elle est jusqu’à l’apparition de l’aube.

Allah, dans Sa sagesse, a caché aux hommes la détermination exacte de cette nuit afin qu’ils multiplient les actes d’adoration et redoublent d’efforts. Ainsi se distingue celui qui la cherche avec sincérité, ardeur et persévérance, de celui qui se laisse aller à la négligence. Car celui qui désire vraiment une chose s’applique à la chercher, et la fatigue du chemin lui paraît légère au regard de ce qu’il espère atteindre.

Il est recommandé de la rechercher dans les dix dernières nuits du Ramadhan, et plus particulièrement dans les nuits impaires, où l’espérance de la trouver est plus forte encore. Dans les deux Sahîh, le Prophète صلى الله عليه وسلم a dit :

« Recherchez-la dans les dix dernières nuits du Ramadhan ; elle se trouve dans la neuvième restante, la septième restante ou la cinquième restante. »

Elle est encore plus probable dans les sept dernières nuits. Ibn ‘Umar رضي الله عنهما rapporte que certains Compagnons virent en rêve que la Nuit du Destin se trouvait dans les sept dernières nuits. Le Messager d’Allah صلى الله عليه وسلم dit alors :

« Je vois que vos visions concordent au sujet des sept dernières nuits. Que celui qui veut la rechercher la recherche donc dans les sept dernières nuits. »

Rapporté par al-Bukhârî.

Appliquez-vous donc avec ferveur en ces nuits et en ces jours. Exposez-vous aux souffles de miséricorde du Seigneur, le Noble, le Très Généreux. Peut-être vous atteindra-t-il une grâce de Ses grâces après laquelle le serviteur ne connaîtra plus jamais la perdition. Multipliez les invocations et les supplications, en particulier celle que le Prophète صلى الله عليه وسلم enseigna à ‘Aïcha رضي الله عنها lorsqu’elle lui demanda :

« Ô Messager d’Allah, si je rencontre la Nuit du Destin, que devrai-je y dire ? »

Il répondit :

« Dis : Allâhumma innaka ‘afuwwun tuhibbu al-‘afwa fa‘fu ‘annî. »
« Ô Allah, Tu es Celui qui efface, Tu aimes effacer, alors efface mes faute »

Rapporté par Ahmad et d’autres.

Rattrapez donc, à la fin de votre mois, ce qui vous a échappé à son commencement. Soignez-en la conclusion, car les œuvres valent par leur fin. Et celui qui embellit ce qui lui reste verra ce qui a précédé lui être pardonné.