Ibrâhîm père des prophètes

Il naquit, sur lui la paix, au temps de Namrûd ibn Kan‘ân. Les astrologues avaient annoncé à celui-ci qu’un garçon naîtrait telle année, qui contredirait sa religion et briserait les idoles qu’il adorait. Il ordonna alors que l’on mette à mort tout enfant mâle né à partir de cette date. Mais la grossesse de la mère d’Ibrâhîm, sur lui la paix, passa inaperçue. Elle le mit au monde dans une grotte, où elle le cacha, dissimulant son existence jusqu’à ce qu’il eût quelque peu grandi.

Il s’agit du Prophète d’Allah, exalté soit-Il, Ibrâhîm, fils de Azar (ou Târakh selon les historiens), fils de Azar, fils de Sârûgh, fils d’Arghû, fils de Fâligh, fils de Ghâbir, fils de Shâlikh, fils de Qaynân, fils d’Arfakhshadh, fils de Sâm, fils de Nûḥ, sur eux la paix.

Il naquit, sur lui la paix, au temps de Namrûd ibn Kan‘ân. Les astrologues avaient annoncé à celui-ci qu’un garçon naîtrait telle année, qui contredirait sa religion et briserait les idoles qu’il adorait. Il ordonna alors que l’on mette à mort tout enfant mâle né à partir de cette date. Mais la grossesse de la mère d’Ibrâhîm, sur lui la paix, passa inaperçue. Elle le mit au monde dans une grotte, où elle le cacha, dissimulant son existence jusqu’à ce qu’il eût quelque peu grandi.

Lorsqu’il sortit enfin, il se mit à méditer sur la création et sur l’état de son peuple. Il comprit que ce monde ne pouvait qu’avoir un Créateur. Puis, lorsqu’il vit l’astre apparaître puis disparaître, la lune se lever puis s’éclipser, et le soleil avec son éclat et son immensité, avant qu’il ne décline à son tour, il dit : « Je n’aime pas ceux qui disparaissent. » Il sut alors que la guidée vient d’Allah, gloire à Lui, et il se désavoua de la religion de son peuple.

Le peuple d’Ibrâhîm appartenait aux Sabéens. Ils adoraient les astres errants et passaient par le culte des idoles pour se rapprocher d’eux. Ils croyaient que ces astres étaient ceux qui gouvernaient l’univers.

Le père d’Ibrâhîm, Âzar, fabriquait des idoles. Il les confiait à Ibrâhîm, sur lui la paix, pour qu’il les vende ; mais celui-ci s’en moquait, les traînait jusqu’à la mer et leur disait, par dérision : « Buvez donc ! » Sa manière d’agir finit par se répandre parmi les gens. Avant cela déjà, il avait sincèrement conseillé à son père de ne pas prendre les idoles pour divinités, puisqu’elles ne sauraient ni nuire ni profiter.

Il débattit avec son peuple à leur sujet et établit contre eux la preuve qu’elles ne pouvaient ni nuire ni être utiles. Mais comme ils s’obstinaient et persistaient dans leur entêtement, il dit : « Par Allah, je ruserai contre vos idoles. » Or ils avaient un jour de fête où ils quittaient leurs demeures et leurs temples. Ibrâhîm resta en arrière, prétextant la maladie. Il brisa alors toutes leurs idoles, à l’exception de la plus grande, à laquelle il attacha la hache. Quand ils revinrent et découvrirent ce qui était arrivé à leurs divinités, ils demandèrent qui avait commis cela. Ceux qui avaient entendu Ibrâhîm dire : « Je ruserai contre vos idoles après que vous aurez tourné le dos », dirent : « Nous avons entendu un jeune homme les évoquer ; on l’appelle Ibrâhîm. »

Quand ils le firent venir et l’interrogèrent sur son geste, il répondit : « C’est la plus grande d’entre elles qui l’a fait », redoublant ainsi dans l’établissement de la preuve contre eux, afin qu’ils ouvrent enfin les yeux sur l’égarement où ils se trouvaient. Puis il ajouta : « Interrogez-les donc, si elles peuvent parler. » Ils reconnurent alors la vérité : ces idoles ne pouvaient ni profiter ni nuire. La preuve fut dressée contre eux. Mais ils retombèrent dans leur égarement, s’y entêtèrent et, dans leur arrogance, en vinrent à réclamer le secours de divinités incapables de parler et même de se défendre elles-mêmes.

Ils s’accordèrent alors pour le jeter au feu. Ils amassèrent pour lui le bois, préparèrent tout ce qu’exigeait leur forfait et voulurent lui tendre un piège ; mais Allah, gloire à Lui, fit d’eux les plus perdants. Lorsqu’Ibrâhîm fut amené et jeté dans le brasier, on rapporte que toutes les créatures voulurent repousser le mal et défendre Ibrâhîm, à l’exception du lézard, qui soufflait sur le feu. Il est dit qu’Allah leur adressa : « Si Ibrâhîm a besoin de vous, alors répondez-lui. » Jibrîl, sur lui la paix, lui fut envoyé, selon certains récits, et lui dit : « As-tu besoin de quelque chose ? » Il répondit : « De toi, non. » Puis il dit : « Allah me suffit, et quel excellent garant ! » C’est alors que vint l’ordre du Seigneur Majestueux : « Ô feu, sois pour Ibrâhîm fraîcheur et paix. » Ibrâhîm demeura dans le feu dans un état de félicité, sans qu’aucun mal ne l’atteigne ; sa subsistance lui y parvenait durant plusieurs jours, jusqu’à ce que le feu s’éteigne. Il en sortit sain et sauf, sans le moindre mal. Louange à Allah, Seigneur des mondes.

Allah détourna de lui le mal de Namrûd. Un certain nombre de membres de son peuple crurent avec lui, parmi eux son neveu Lûṭ, sur lui la paix. Certains disent que Namrûd engagea avec lui le débat mentionné dans le Livre d’Allah après qu’Ibrâhîm fut sorti du feu, lors de leur première rencontre. Namrûd l’interrogea au sujet du Seigneur des mondes, et Ibrâhîm répondit : « Mon Seigneur est Celui qui donne la vie et donne la mort. » Le tyran prétendit alors qu’il donnait lui aussi la vie et la mort. Ibrâhîm ne s’attarda pas à réfuter cette réponse corrompue ; il lui dit plutôt : « Allah fait venir le soleil de l’Orient ; fais-le donc venir de l’Occident. » Alors l’impie demeura confondu. Il résolut ensuite de rechercher le Dieu d’Ibrâhîm. Il fit bâtir une haute construction afin d’y monter avec sa raison malade pour voir le Seigneur des mondes. On raconte aussi qu’il s’éleva dans le ciel dans un coffre porté par des aigles, jusqu’à voir la terre au loin, puis se retrouva plongé dans l’obscurité des sphères.

Ibrâhîm quitta ensuite son peuple et partit émigrer vers Allah, gloire à Lui, sur la vaste terre d’Allah, accompagné de son épouse, de son neveu Lûṭ et de quelques croyants. Il se rendit d’abord à Harrân, puis à Bayt al-Maqdis. Une famine et une grande disette s’y abattirent, si bien qu’il gagna l’Égypte. Là, le tyran du pays voulut s’en prendre à Sâra, l’épouse d’Ibrâhîm, sur lui la paix. Lorsqu’on interrogea Ibrâhîm à son sujet, il dit : « C’est ma sœur. » Quand on la conduisit à ce tyran et qu’il voulut lui faire violence, elle invoqua Allah, exalté soit-Il ; aussitôt il fut saisi. Il demanda alors à être délivré, et elle fut relâchée. Mais lorsqu’il voulut recommencer, il fut repris une nouvelle fois, jusqu’à ce qu’il la laisse en disant : « Vous ne m’avez amené qu’une démone ! » Et il lui donna Hâjar comme servante. Sâra revint donc auprès d’Ibrâhîm, saine et sauve, intacte, par pure grâce et faveur d’Allah.

Ibrâhîm, sur lui la paix, quitta ensuite l’Égypte pour retourner à Bayt al-Maqdis. Là, dix ans plus tard, Sâra lui donna Hâjar, qui conçut alors Ismâ‘îl, sur lui la paix. Puis, après Ismâ‘îl, Ibrâhîm reçut l’annonce de la naissance du Prophète d’Allah Isḥâq, issu de Sâra. Toutefois, lorsque Hâjar fut enceinte d’Ismâ‘îl, Sâra ressentit de la jalousie à son égard et demanda à son époux de l’éloigner d’elle. Sur l’ordre d’Allah, gloire à Lui, il emmena donc Hâjar vers Fârân, c’est-à-dire la région de La Mecque, dans une vallée sans culture. Ce qui leur advint alors est ce que le Coran a raconté. Après une rude épreuve où furent éprouvées la patience de Hâjar et sa confiance en Allah, Celui-ci fit jaillir pour eux l’eau de Zamzam. Ismâ‘îl grandit et devint un jeune homme ; la tribu de Jurhum vint s’installer près d’eux avec sa permission, et c’est parmi eux qu’Ismâ‘îl, sur lui la paix, se maria plus tard.

Quand Ismâ‘îl eut atteint l’âge où il pouvait accompagner son père dans ses efforts, Ibrâhîm reçut en songe la révélation lui ordonnant d’immoler son fils Ismâ‘îl. Certains savants ont divergé sur l’identité de l’enfant destiné au sacrifice ; la majorité a toutefois retenu qu’il s’agissait d’Ismâ‘îl. Allah le racheta par une immense offrande sacrificielle. Par la suite, Ibrâhîm, sur lui la paix, reçut l’annonce de la naissance d’Isḥâq, puis, après Isḥâq, celle de Ya‘qûb, prophète parmi les vertueux. Ensuite vint d’Allah, gloire à Lui, l’ordre adressé à Ibrâhîm et à son fils Ismâ‘îl d’élever les fondations de la Maison sacrée d’Allah, dont le déluge avait effacé les traces. Ils s’acquittèrent de cette mission de la plus belle manière, conformément à ce que leur avaient montré les anges du Tout-Miséricordieux. Puis Jibrîl descendit et lui enseigna les rites du pèlerinage, et il lui fut ordonné de lancer parmi les hommes l’appel afin qu’ils viennent à cette Maison, montés sur toute monture efflanquée et par tout chemin lointain.

Allah rappela ensuite Ibrâhîm à Lui. On dit qu’il avait atteint l’âge de deux cents ans. On dit aussi qu’il s’était circoncis à l’âge de quatre-vingts ans. Certains ont dit : à cent vingt ans, avec l’herminette ; d’autres ont dit que « al-qadûm » désigne ici l’outil lui-même, tandis que d’autres encore y voient le nom d’un village.

Il ne quitta pas ce monde avant qu’Allah ne l’eût pris pour intime ami, ne lui eût montré comment Il redonne vie aux morts dans l’épisode des oiseaux, et ne l’eût élevé au rang de l’un des cinq Messagers doués de ferme résolution. Il est le père des prophètes et des messagers venus après lui.