Les six jours de Shawwâl dans la continuité de Ramadan
Parmi les grâces qu’Allah accorde à Ses serviteurs, il y a la succession des saisons de bien, et la multiplication des récompenses. Ainsi, le croyant traverse les heures de sa vie en passant d’une forme d’adoration à une autre, d’un acte de rapprochement à un autre. Il ne s’écoule pas un instant de son existence sans qu’Allah ne lui y ouvre une voie parmi les œuvres d’obéissance. À peine achève-t-il une adoration qu’il est appelé à en entreprendre une autre. Allah n’a fixé de terme à l’obéissance du serviteur que la fin de sa vie et l’arrivée de son heure. Il dit, exalté soit-Il :
{Et adore ton Seigneur jusqu’à ce que te vienne la certitude}
(al-Hijr, 99).
Telle est la véritable droiture, celle dont Allah a promis à ceux qui s’y attachent le salut et l’accès aux plus hauts degrés. Il dit سبحانه :
{Ceux qui disent : “Notre Seigneur est Allah”, puis se tiennent dans la droiture, les anges descendent sur eux : “N’ayez aucune crainte et ne vous affligez pas ; recevez plutôt la bonne nouvelle du Paradis qui vous était promis. Nous sommes vos alliés dans la vie d’ici-bas et dans l’au-delà. Vous y aurez tout ce que vos âmes désireront et tout ce que vous demanderez, en accueil de la part d’un Pardonneur, d’un Très Miséricordieux.”}
(Fussilat, 30-32).
Parmi les faveurs qu’Allah a accordées à Ses serviteurs après l’achèvement du mois du jeûne et des veillées de prière, et auxquelles Il a attaché une immense récompense, figure le jeûne de six jours de Shawwâl. De nombreux hadiths authentiques en ont exposé les mérites. Ainsi, l’imam Muslim rapporte d’après Abû Ayyûb al-Ansârî رضي الله عنه que le Prophète صلى الله عليه وسلم a dit :
« Quiconque jeûne le Ramadan puis le fait suivre de six jours de Shawwâl, c’est comme s’il avait jeûné toute l’année. »
Dans une version rapportée par Ibn Mâjah, d’après Thawbân رضي الله عنه, le Messager d’Allah صلى الله عليه وسلم a dit :
« Celui qui jeûne six jours après le jour de la rupture aura complété l’année entière »,
puis il récita :
{Quiconque viendra avec une bonne action en recevra dix fois l’équivalent}
(al-An‘âm, 160).
Les savants ont mentionné plusieurs sagesses et bienfaits liés au jeûne de ces six jours.
L’une d’elles est que le serviteur complète, par ce jeûne, la récompense d’une année entière de jeûne. En effet, la bonne action vaut dix fois son équivalent : le mois de Ramadan équivaut ainsi à dix mois, et les six jours de Shawwâl équivalent à deux mois. Cela est confirmé par le hadith de Thawbân précédemment cité chez Ibn Mâjah, et également par un autre hadith rapporté par Abû al-Shaykh dans al-Thawâb et jugé authentique par al-Albânî dans Sahîh al-Jâmi‘ :
« Allah a accordé à la bonne action dix fois sa valeur : un mois vaut donc dix mois, et le jeûne de six jours après le mois complète l’année. »
Parmi ses bienfaits également, il y a le fait que les jeûnes surérogatoires accomplis avant ou après une obligation viennent combler les manquements et réparer les insuffisances qui ont pu affecter l’acte obligatoire. Car les obligations seront complétées, au Jour de la Résurrection, par les œuvres volontaires, comme cela est établi du Prophète صلى الله عليه وسلم par plusieurs voies.
Autre sagesse encore : reprendre le jeûne après Ramadan est un signe d’acceptation. Lorsqu’Allah agrée l’œuvre d’un serviteur, Il lui accorde d’être guidé vers une autre bonne œuvre après elle. Certains pieux prédécesseurs disaient : la récompense d’une bonne action, c’est la bonne action qui lui succède. Ainsi, lorsqu’un homme accomplit une œuvre pieuse puis la fait suivre d’une autre, cela est l’un des signes que la première a été acceptée.
Il y a aussi, dans la reprise du jeûne après l’Aïd, une forme de gratitude envers Allah — exalté soit-Il — pour le bienfait qu’Il a accordé en permettant d’achever le jeûne du Ramadan, en accordant le pardon des péchés et l’affranchissement du Feu. Allah, glorifié soit-Il, a ordonné à Ses serviteurs de Le remercier pour ces immenses faveurs lorsqu’Il dit :
{… afin que vous complétiez le nombre prescrit, que vous proclamiez la grandeur d’Allah pour vous avoir guidés, et afin que vous soyez reconnaissants}
(al-Baqara, 185).
Parmi les formes de reconnaissance du serviteur envers son Seigneur pour lui avoir donné la force de jeûner Ramadan, pour l’y avoir aidé et pour lui avoir pardonné, figure donc le fait de jeûner encore après cela, pour Lui.
On peut encore compter parmi les fruits de ces six jours la persévérance dans les œuvres de bien, et le refus de rompre, avec la fin de Ramadan, les actes par lesquels le serviteur se rapprochait de son Seigneur durant ce mois. Il n’est pas de doute que les œuvres les plus aimées d’Allah sont celles que l’on accomplit avec constance. Le Prophète صلى الله عليه وسلم, lorsqu’il accomplissait une œuvre, s’y attachait avec régularité. On demanda à ‘Aïcha رضي الله عنها comment était son adoration, et elle répondit :
« Son œuvre était continue. »
— rapporté par al-Bukhârî et Muslim,
c’est-à-dire : constante, durable, sans interruption.
C’est pour cette raison que les pieux prédécesseurs blâmaient celui qui délaissait les œuvres pieuses une fois Ramadan passé. Il fut dit à Bishr : « Il y a des gens qui se consacrent à l’adoration et redoublent d’efforts pendant Ramadan seulement. » Il répondit : « Quel mauvais peuple que celui qui ne connaît le droit d’Allah qu’au seul mois de Ramadan ! »
Ainsi, le retour du croyant au jeûne après avoir rompu celui de Ramadan est le signe qu’il demeure attaché au bien, et qu’il ne coupe pas le fil de l’obéissance ni ne se détourne des œuvres pieuses. Et ce ne sont là que quelques-uns des grands bienfaits et des nobles sens attachés à ce jeûne.
Le jeûne des six jours n’est lié à aucun moment précis à l’intérieur du mois de Shawwâl. Le musulman peut les jeûner à n’importe quel moment du mois : à son début, en son milieu ou à sa fin. Il lui est également permis de les jeûner consécutivement ou séparément. Toutefois, le mieux est de s’empresser de les accomplir juste après l’Aïd al-Fitr, et de les jeûner de manière continue — comme l’ont précisé les gens de science — car cela correspond plus pleinement à l’idée de « faire suivre » évoquée dans la parole du Prophète صلى الله عليه وسلم :
« puis le fait suivre de six jours de Shawwâl ».
Cela relève aussi de l’empressement dans les bonnes œuvres et de la promptitude à répondre aux actes d’obéissance, choses que les textes ont encouragées et pour lesquelles ils ont fait l’éloge de ceux qui s’y appliquent. C’est encore une marque de résolution et de sagesse pratique, qui participent de la perfection du serviteur. Car les occasions favorables ne devraient pas être laissées passer, et nul ne sait quelles occupations ou quels empêchements peuvent surgir et venir l’éloigner de l’œuvre qu’il se proposait d’accomplir. Cela dit, s’il les retarde ou les répartit sur l’ensemble du mois, il obtient malgré tout ce mérite.
Quant à celui qui a encore des jours de Ramadan à rattraper, le mieux est qu’il commence par s’acquitter de ce qu’il doit, conformément à la parole du Prophète صلى الله عليه وسلم :
« Quiconque jeûne le Ramadan puis le fait suivre de six jours de Shawwâl… »
Ainsi, le jeûne des six jours de Shawwâl n’est pas une simple œuvre surérogatoire parmi d’autres ; il est le signe d’un cœur qui ne rompt pas avec son Seigneur une fois Ramadan achevé, d’une âme qui a goûté à la douceur de l’obéissance et qui aspire à en prolonger les fruits. Il porte en lui la gratitude après le bienfait, la constance après l’effort, et la fidélité après la saison des grandes adorations.
Heureux donc celui qu’Allah maintient dans le sillage de Ramadan, et qui fait de l’obéissance un chemin continu jusqu’à sa rencontre avec Lui. Car le véritable succès n’est pas seulement dans la ferveur des saisons bénies, mais dans la persévérance après elles, et dans un cœur qui demeure attaché à Allah en tout temps.