L’iqāmah : sa signification, sa formulation et son jugement 

L’adhān (appel à la prière) consiste à annoncer l’entrée du temps de la prière par des paroles consacrées et transmises de manière authentique, selon une forme bien définie par la Sharīʿah. Il s’agit d’un appel public dont la fonction est d’informer les fidèles du début du temps prescrit. 

Quant à l’iqāmah, elle partage avec l’adhān ce caractère d’annonce, mais s’en distingue par son objectif : 

  • l’adhān s’adresse aux absents, pour qu’ils se préparent à venir prier, 
  • tandis que l’iqāmah s’adresse aux présents déjà rassemblés, pour leur signaler le début effectif de la prière. 

La formulation de l’iqāmah selon les écoles juridiques 

Les écoles de jurisprudence sont unanimes à reconnaître que les paroles de l’iqāmah sont les mêmes que celles de l’adhān, à une exception près : on y ajoute la formule 

قد قامت الصلاة – qad qāmati aṣ-ṣalāh – « La prière est sur le point d’être établie »,
juste après la phrase حي على الفلاح – ḥayya ʿala al-falāḥ – « Venez au succès ». 

Elles s’accordent également sur le même ordre entre les phrases de l’iqāmah et celles de l’adhān.
Cependant, elles ont divergé quant au nombre de répétitions de certaines formules, comme suit : 

  • الله أكبر (Allāhu akbar) :
    dite deux fois au début de l’iqāmah selon les trois écoles (Mālik, ash-Shāfiʿī et Aḥmad), et quatre fois selon les ḥanafites. 
  • أشهد أن لا إله إلا الله (ashhadu an lā ilāha illa Allāh) :
    dite une seule fois selon les trois écoles, et deux fois selon les ḥanafites. 
  • أشهد أن محمدًا رسول الله (ashhadu anna Muḥammadan rasūl Allāh), ainsi que حيّ على الصلاة (ḥayya ʿala aṣ-ṣalāh) et حيّ على الفلاح (ḥayya ʿala al-falāḥ) :
    suivent la même règle que le premier témoignage. 
  • قد قامت الصلاة (qad qāmati aṣ-ṣalāh) :
    dite deux fois selon les trois écoles, et une seule fois selon les mālikites, d’après l’avis le plus répandu dans leur madhhab. 
  • الله أكبر (Allāhu akbar) :
    répétée deux fois selon les quatre écoles. 
  • لا إله إلا الله (lā ilāha illa Allāh) :
    dite une seule fois selon les quatre écoles. 

Les preuves rapportées 

Les savants de la majorité (al-jumhūr) se fondent sur le ḥadīth d’Anas ibn Mālik رضي الله عنه, selon lequel : 

« Bilāl reçut l’ordre de prononcer l’adhān en répétant chaque phrase deux fois (tachfīʿ), et l’iqāmah en la récitant une seule fois (tawtīr). »
(Rapporté par al-Bukhārī et Muslim) 

C’est cette distinction qui fonde la position de la majorité : l’adhān est prononcé en double, tandis que l’iqāmah se dit une seule fois, à l’exception de certaines formules. 

Les ḥanafites, en revanche, se réfèrent au ḥadīth de ʿAbd Allāh ibn Zayd al-Anṣārī رضي الله عنه, qui dit : 

« Je vins auprès du Messager d’Allah ﷺ et lui dis :
Ô Messager d’Allah, j’ai vu en rêve un homme portant deux habits verts ; il s’est tenu debout sur un mur et a appelé à la prière (adhān) en répétant chaque phrase deux fois, puis il a établi la prière (iqāmah) en répétant également chaque phrase deux fois. »
(Rapporté par Abū Dāwūd et jugé bon par Ibn ʿAbd al-Barr, cité dans Fatḥ al-Bārī) 

Quant au fait que les mālikites récitent “qad qāmati aṣ-ṣalāh” une seule fois, leur argument repose sur le ḥadīth d’Anas cité plus haut, dans lequel il est dit : 

« Le Prophète ﷺ ordonna à Bilāl de doubler les phrases de l’adhān et d’énoncer celles de l’iqāmah une seule fois. »
Ainsi, selon leur compréhension, cette phrase unique fait partie du tawtīr (le fait de prononcer les formules de l’iqāmah une seule fois). 

Le statut juridique de l’iqāmah 

Concernant la validité de la prière sans iqāmah, l’avis le plus juste – s’il plaît à Allah – est que l’iqāmah est une sunna fortement recommandée (sunna mu’akkadah).
Ainsi, la prière reste valide même sans iqāmah, mais il n’est pas permis de la délaisser sans raison, car elle fait partie des symboles apparents de l’islam (shaʿā’ir al-islām). 

Certains savants sont même allés jusqu’à dire qu’il n’est pas permis au musulman de la négliger, et que celui qui la délaisse commet une faute, car elle distingue les assemblées de prière des simples prières individuelles. 

La preuve que l’iqāmah est une sunna et non une obligation, est le célèbre ḥadīth de l’homme qui priait mal (ḥadīth al-musī’ ṣalātah).
Le Prophète ﷺ, en lui enseignant la prière correcte, lui dit : 

« Recommence ta prière, car tu n’as pas prié. »
Puis il lui expliqua les étapes :
les ablutions, l’orientation vers la qibla, la récitation et les inclinaisons…
mais il ne lui mentionna ni l’adhān ni l’iqāmah, bien qu’il ait détaillé les conditions et les piliers de la prière.
Si l’iqāmah avait été une obligation, le Prophète ﷺ l’aurait nécessairement évoquée. 

Ainsi, l’iqāmah demeure une sunna confirmée, marque d’ordre et de préparation à la prière.
Elle complète l’adhān comme la clé complète la serrure : l’un appelle les croyants à venir, et l’autre les invite à se lever devant leur Seigneur.
Celui qui la maintient perpétue la Sunna, et celui qui la délaisse, même si sa prière reste valide, se prive d’une immense récompense et d’un symbole de foi.