La prosternation de l’oubli ou de l’inadvertance
La prosternation de l’inadvertance (Sujūd as-Sahw) est une marque de la sagesse et de la miséricorde d’Allah envers Ses serviteurs. Car le fidèle, même attentif dans sa prière, n’est pas à l’abri de l’oubli, de la distraction ou de l’erreur. Cette prosternation vient donc réparer le manque, corriger l’excès et apaiser le doute, sans qu’il soit nécessaire de recommencer la prière. Elle rappelle que la perfection n’appartient qu’à Allah, et qu’Il a voulu pour Ses adorateurs une religion équilibrée, où la rigueur de la Loi s’allie à la douceur du pardon.
Les causes de la prosternation de l’inadvertance
Les causes de cette prosternation, dans l’ensemble, se ramènent à trois catégories principales :
- L’ajout,
- L’omission,
- Le doute.
- L’ajout (az-ziyādah)
L’ajout consiste à accomplir, par inadvertance, un acte supplémentaire dans la prière : un inclinaison (rukūʿ), une prosternation (sujūd), une station debout (qiyām) ou un assise (julūs).
Si cette addition est faite sciemment et volontairement, la prière devient nulle, car celui qui agit ainsi a altéré la forme prescrite par Allah et Son Messager ﷺ. Le Prophète a dit :
« Quiconque accomplit une œuvre qui n’est pas conforme à notre ordre, elle sera rejetée. »
(Rapporté par Muslim, 1718)
Mais si cette addition est faite par oubli, la prière reste valide, et le fidèle doit accomplir les deux prosternations de l’inadvertance après le salut final.
Preuve en est le hadith d’Abū Hurayra : le Prophète ﷺ salua après deux rakʿāt seulement, lors d’une prière de l’après-midi — soit le ẓuhr, soit le ʿaṣr. Quand on le lui rappela, il compléta ce qui manquait de sa prière, salua à nouveau, puis fit deux prosternations après le salām.
(Rapporté par al-Bukhārī, 482 ; Muslim, 573)
De même, d’après Ibn Masʿūd (qu’Allah l’agrée), le Prophète ﷺ pria le ẓuhr en accomplissant cinq rakʿāt. Lorsqu’on lui fit remarquer cette addition, il demanda : « Qu’ai-je fait ? » Ils dirent : « Tu as prié cinq fois. » Alors il plia ses jambes, se tourna vers la qibla, et fit deux prosternations.
(Rapporté par al-Bukhārī, 404 ; Muslim, 572)
- L’omission (an-naqṣ)
L’omission peut porter soit sur un pilier (rukn), soit sur un devoir (wājib).
- a) S’il s’agit d’un pilier manqué :
Deux cas se présentent :
– S’il s’en souvient avant d’atteindre le même pilier dans la rakʿa suivante, il revient immédiatement, accomplit le pilier manquant et ce qui le suit, puis poursuit sa prière.
– S’il ne s’en souvient qu’après avoir atteint ce pilier dans la rakʿa suivante, alors la rakʿa précédente est annulée, et celle-ci en prend la place. Il ajoute une rakʿa à la fin et effectue le sujūd as-sahw après le salām.
Exemple :
Un homme, après avoir accompli la première prosternation de la première rakʿa, se relève sans faire la seconde ni s’asseoir entre les deux. S’il s’en souvient alors qu’il commence à réciter debout, il revient, s’assied entre les deux prosternations, accomplit la seconde prosternation, puis poursuit la prière. Il effectuera ensuite les deux prosternations de l’inadvertance après le salām.
Mais s’il ne s’en souvient que lorsqu’il est déjà assis entre les deux prosternations de la rakʿa suivante, alors cette deuxième rakʿa devient la première, il ajoute une autre rakʿa à la fin, puis fait le sujūd as-sahw après le salām.
- b) S’il s’agit d’un devoir manqué :
Tel que letasbīḥ dans la prosternation, ou le tachahhud al-awwal (premier témoignage).
Celui qui oublie un devoir et passe à l’acte suivant ne revient pas en arrière, mais continue sa prière, puis fait le sujūd as-sahw avant le salām.
C’est ce que fit le Prophète ﷺ lorsqu’il oublia le premier tachahhud : il poursuivit sa prière sans revenir en arrière, puis effectua deux prosternations avant le salām.
- Le doute (ash-shakk)
Le doute se produit lorsqu’on hésite entre deux états : a-t-on accompli trop ou pas assez ?
Deux situations peuvent alors se présenter :
– S’il penche vers une probabilité, il agit selon ce qui lui semble le plus juste, complète sa prière en conséquence, puis fait deux prosternations après le salām.
– S’il ne parvient pas à trancher, il se base sur la certitude, c’est-à-dire sur le nombre le plus bas, complète sa prière, puis fait deux prosternations avant le salām.
Exemples :
Un homme prie le ẓuhr et doute : a-t-il accompli trois ou quatre rakʿāt ?
S’il pense avec vraisemblance être à la troisième, il accomplit une quatrième, salue, puis fait deux prosternations.
Mais s’il ne peut trancher et que le doute reste équilibré, il se base sur la certitude (le plus petit nombre), considère qu’il est à la troisième, ajoute une rakʿa, puis fait les prosternations avant le salām.
Le moment du Sujūd as-Sahw
Ainsi, le sujūd as-sahw se fait :
– Avant le salām, lorsqu’on a omis un devoir, ou lorsqu’on doute sans pouvoir trancher.
– Après le salām, lorsqu’on a ajouté quelque chose à la prière, ou lorsqu’on doute mais qu’une des deux hypothèses prédomine.