Le mérite du vendredi, son statut juridique et la question de sa multiplicité
- Le mérite du vendredi
Le vendredi jouit de nombreuses vertus, attestées par plusieurs hadiths authentiques. En voici quelques-uns :
- D’après Abû Hurayra (qu’Allâh l’agrée), le Prophète ﷺ a dit :
« Le meilleur jour sur lequel le soleil s’est levé est le jour du vendredi. C’est en ce jour qu’Allâh créa Âdam, qu’Il le fit entrer au Paradis, et qu’Il l’en fit sortir. Et l’Heure ne se lèvera qu’un vendredi. »
(Hadîth authentique)
- Toujours selon Abû Hurayra, ainsi que Hudhayfa (qu’Allâh les agrée tous deux), le Messager d’Allâh ﷺ a dit :
« Allâh a détourné le vendredi des communautés qui nous ont précédés. Les Juifs se sont orientés vers le samedi, les Chrétiens vers le dimanche. Puis Allâh nous a envoyés et nous a guidés vers le vendredi. Il a ainsi institué le vendredi, puis le samedi et enfin le dimanche. Et ils nous suivront au Jour de la Résurrection : nous sommes les derniers (dans l’ordre chronologique) des gens de ce bas monde, mais les premiers au Jour de la Résurrection à être jugés, avant toutes les autres créatures. »
- Dans un autre hadith d’Abû Hurayra (qu’Allâh l’agrée), le Prophète ﷺ dit :
« Nous sommes les derniers (venus), mais les premiers au Jour de la Résurrection, les premiers à être appelés au jugement. Bien que les gens du Livre aient reçu leur Écriture avant nous, ce jour (le vendredi) est celui qu’Allâh nous a prescrit. Eux l’ont délaissé. Allâh nous y a guidés. Ainsi, les gens nous suivent désormais : les Juifs (viendront) demain, et les Chrétiens après-demain. »
- Le statut de la prière du vendredi
La prière du vendredi est une obligation individuelle (farḍ ‘ayn).
Preuves de son obligation :
Premièrement : Le Coran
Allâh – exalté soit-Il – dit :
{Ô vous qui avez cru ! Quand on appelle à la prière le jour du vendredi, accourez à l’évocation d’Allâh et laissez toute transaction commerciale.}
(Sourate al-Jumuʿah, verset 9)
Indication de l’obligation dans ce verset :
L’ordre divin d’“accourir” à l’évocation d’Allâh implique l’obligation, car tout ordre dans la Législation implique le caractère obligatoire. Et Allâh interdit expressément la vente durant cet appel, afin qu’on ne soit pas distrait de cette prière, ce qui prouve sa grande importance. S’il ne s’agissait pas d’une obligation, Il n’aurait pas interdit la vente pour elle.
Deuxièmement : La Sunnah
- Le Prophète ﷺ a dit :
« Que des gens cessent de délaisser le vendredi, autrement Allâh scellera leurs cœurs, et ils seront alors parmi les insouciants. »
- Selon Abû l-Jaʿd ad-Ḍamrî (qu’Allâh l’agrée), le Messager d’Allâh ﷺ a dit :
« Quiconque délaisse trois vendredis par négligence verra son cœur scellé par Allâh. »
- D’après Ḥafṣa (qu’Allâh l’agrée), le Prophète ﷺ a dit :
« Il est obligatoire pour tout homme pubère d’aller à la prière du vendredi. »
Troisièmement : Le consensus (al-ijmâʿ)
L’obligation de la prière du vendredi a été unanimement reconnue par les savants, parmi eux :
al-Kâsânî, Ibn Qudâmah, Ibn Taymiyyah et Ibn al-Qayyim.
- La multiplicité des prières du vendredi dans une même ville
Il n’est pas permis d’établir plusieurs prières du vendredi dans une seule et même ville sans nécessité valable. Toutefois, il est autorisé d’en établir plusieurs en cas de besoin ou de nécessité. Mais s’il suffit de deux grandes mosquées (jâmiʿ), il ne sera pas permis d’en établir une troisième, ni davantage.
Telle est l’opinion bien connue chez les Mâlikites, Shâfiʿites (dans l’avis correct), Hanbalites, ainsi qu’un avis des Ḥanafites, et c’est également la position de la majorité des savants.
Preuves de l’interdiction (sans nécessité) :
- Preuves issues de laSunnah
Selon ʿÂ’isha (qu’Allâh l’agrée), épouse du Prophète ﷺ :
« Jamais le Messager d’Allâh ﷺ n’a eu à choisir entre deux choses sans opter pour la plus facile, tant que cela ne constituait pas un péché. Si c’était un péché, il était la personne la plus éloignée de cela. »
Analyse :
Il est établi qu’au temps du Prophète ﷺ, il n’y avait qu’un seul lieu où se tenait la prière du vendredi à Médine : la Mosquée Prophétique. Les Compagnons y affluaient depuis les confins de la ville, même des quartiers éloignés comme al-ʿAwâlî.
Si la multiplicité des prières du vendredi sans justification avait été permise, le Prophète ﷺ aurait autorisé les Compagnons à la célébrer chacun dans sa mosquée locale, car il ne délaissait jamais une facilité sauf si elle impliquait un péché.
- L’absence de pratique chez les Compagnons
Ni le Prophète ﷺ, ni ses successeurs bien guidés (les califes), ni les compagnons après eux, n’ont institué plusieurs jumuʿas dans une seule ville, car le besoin ne s’en est pas fait sentir à l’époque.
- L’unicité de lajumuʿacomme signe distinctif
Le fait de suspendre les prières dans les autres mosquées le vendredi, pour se rassembler dans une seule, montre clairement que la prière du vendredi est distincte des autres prières et qu’elle ne se tient que dans un lieu central unique. S’il avait été permis d’en tenir plusieurs, on n’aurait pas désactivé les autres mosquées.
- Réalisation de l’objectif communautaire
Se limiter à une seule prière du vendredi permet d’atteindre plus efficacement l’objectif recherché par cette prière : l’unité, la cohésion et le rassemblement des musulmans autour d’un même discours et d’une même direction.
Preuves de la permissibilité en cas de besoin :
- Le Coran
Allâh dit :
{Allâh veut pour vous la facilité, et Il ne veut pas la difficulté.}
(Sourate al-Baqara, verset 185)
Et Il dit également :
{Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion.}
(Sourate al-Ḥajj, verset 78)
- LaSunnah
- Le Prophète ﷺ a dit :
« Certes, cette religion est aisance. Et nul ne cherche à lui résister avec dureté sans qu’elle ne le surpasse. »
- Dans un autre hadith, le Prophète ﷺ dit :
« Rendez les choses faciles et ne les compliquez pas ! »
Analyse :
Ces textes montrent que parmi les manifestations de la facilité législative, figure l’autorisation d’organiser plusieurs prières du vendredi dans une même ville lorsque cela est nécessaire, afin de ne pas imposer de gêne aux fidèles.
- Le silence du Prophète ﷺ face à la pratique postérieure
Si le Prophète ﷺ n’a pas organisé deux jumuʿas, c’est parce que les Compagnons tenaient à assister à sa khutba et à sa jumuʿa, même s’ils vivaient loin. Mais plus tard, quand la nécessité s’est imposée dans les grandes villes, des jumuʿas multiples ont été instituées sans opposition ni blâme, ce qui équivaut à un consensus implicite (ijmâʿ sukûtî).
- Analogie avec les prières de l’Aïd
Il est permis d’organiser plusieurs prières de l’Aïd en cas de nécessité. Or, la prière du vendredi est similaire à celle de l’Aïd en termes d’obligation collective, de khutba, et de rassemblement. L’analogie est donc valide.
- Conséquences du refus de la multiplicité en cas de besoin
Refuser la multiplication des jumuʿas malgré un besoin réel entraînerait des difficultés évidentes :
- Éloignement des mosquées centrales pour certains fidèles,
- Empêchement pour un grand nombre de gens d’assister à la prière du vendredi,
ce qui contredit l’objectif législatif d’aisance et d’accessibilité.