Les piliers du pèlerinage, ses obligations et ses traditions recommandées
Les actes du pèlerinage se répartissent en piliers qu’il faut accomplir intégralement — le pèlerinage n’est pas valide si l’un d’eux manque, et rien ne peut les remplacer —, en obligations dont l’omission n’annule pas le pèlerinage mais se compense par un sacrifice, et enfin en actes traditionnels et recommandés par lesquels se parachèvent, auprès d’Allah, la récompense et la rétribution du pèlerin.
Les piliers du pèlerinage
Selon la majorité des savants, le pèlerinage comporte quatre piliers :
1) La sacralisation (l’entrée en état de ihram rituelle)
C’est l’intention d’entrer dans le rite. Elle s’appuie sur la parole du Prophète ﷺ :
« Les actes ne valent que par les intentions, et chacun n’aura que ce qu’il a eu l’intention de faire. »
La sacralisation a un temps déterminé : les mois du pèlerinage évoqués par Allah تعالى :
﴿ الحج أشهر معلومات فمن فرض فيهن الحج فلا رفث ولا فسوق ولا جدال في الحج ﴾ (البقرة: 197)
« Le pèlerinage se déroule en des mois connus. Quiconque s’y engage dans le pèlerinage, alors point de rapport intime, ni de perversité, ni de dispute pendant le pèlerinage. »
Elle a également un lieu déterminé : les points d’entrée rituels (miqats) à partir desquels le pèlerin se met en état de ihram.
2) Le stationnement à ʿArafāt
Le Prophète ﷺ a dit :
« Le pèlerinage, c’est ʿArafah. Celui qui vient la nuit de Muzdalifah avant l’aube, a certes atteint (le pèlerinage). »
(Rapporté par Abou Dawoud et d’autres.)
Le temps du stationnement commence après le zénith du soleil le neuvième jour de Dhoul-Hijjah et s’étend jusqu’à l’aube du jour du sacrifice ; selon un autre avis, il commence dès l’aube du neuvième jour.
Quiconque se tient à ʿArafah durant ce temps, ne serait-ce qu’un instant, a accompli le stationnement. D’après Ourwah ibn Moudarris رضي الله عنه, il dit : je vins trouver le Messager d’Allah ﷺ à Muzdalifah alors qu’il sortait pour la prière, et je lui dis : « Ô Messager d’Allah, je viens de la montagne de Tayy’, j’ai épuisé ma monture et je me suis épuisé moi-même ; par Allah, je n’ai laissé aucune hauteur sans m’y arrêter. Ai-je un pèlerinage ? » Le Messager d’Allah ﷺ répondit :
« Celui qui a assisté à cette prière avec nous, s’est arrêté avec nous jusqu’à notre départ, et s’était arrêté auparavant à ʿArafah de nuit ou de jour, son pèlerinage est accompli et il s’est acquitté de ses rites. »
(Rapporté par Abou Dawoud et d’autres.)
Quel que soit l’endroit où il se tient à ʿArafah, cela lui suffit, conformément à la parole du Prophète ﷺ :
« Je me suis tenu ici, et tout ʿArafah est un lieu de stationnement. »
(Rapporté par Muslim.)
3) La circumambulation majeure (tawaf de l’effusion)
Allah تعالى dit :
﴿ ثم ليقضوا تفثهم وليوفوا نذورهم وليطوفوا بالبيت العتيق ﴾ (الحج: 29)
« Qu’ils mettent fin à leur état de négligence (rituelle), qu’ils s’acquittent de leurs vœux, et qu’ils accomplissent la circumambulation autour de la Maison ancienne. »
Et parce que le Prophète ﷺ, lorsqu’on l’informa que Safiyyah رضي الله عنها avait ses menstrues, dit :
« Nous retient-elle ? »
On lui répondit : « Ô Messager d’Allah, elle a déjà accompli la circumambulation majeure autour de la Maison, puis elle a eu ses menstrues après cela. » Il dit alors :
« Qu’elle parte donc. »
(Al-Boukhari et Muslim.)
Cela montre que cette circumambulation est indispensable, et qu’elle retient celui qui ne l’a pas accomplie. Son temps vient après ʿArafāt et Muzdalifah ; et, selon la majorité des savants, elle n’a pas de terme final : elle reste due tant que la personne est en vie. La divergence porte seulement sur l’obligation éventuelle d’un sacrifice pour celui qui la retarde au-delà des jours de tachriq ou du mois de Dhoul-Hijjah.
4) La marche rituelle entre aṣ-Ṣafā et al-Marwah
Le Prophète ﷺ a dit :
« Accomplissez la marche rituelle, car Allah vous l’a prescrite. »
(Rapporté par Ahmad.)
Et Aïchah رضي الله عنها a dit :
« Le Messager d’Allah ﷺ a accompli la marche rituelle, et les musulmans aussi — c’est une Sunna. Par Allah, Allah n’a pas parachevé le pèlerinage de celui qui n’a pas accompli la marche rituelle entre aṣ-Ṣafā et al-Marwah. »
(Rapporté par Muslim.)
Cette marche est celle du pèlerinage. Pour le pèlerin qui accomplit une ‘umrah puis un pèlerinage dans la même saison, elle vient après ʿArafāt, Muzdalifah et la circumambulation majeure. Quant à celui qui joint les deux rites, ou celui qui accomplit le pèlerinage seul, il accomplit la marche après la circumambulation d’arrivée.
Ainsi, ces quatre piliers — la sacralisation, le stationnement à ʿArafāt, la circumambulation majeure, la marche rituelle — sont indispensables : le pèlerinage n’est pas valide sans eux, et leur omission ne se compense ni par un sacrifice ni autrement ; il faut les accomplir. De plus, l’ordre des piliers est une condition de validité : la sacralisation doit précéder tout, le stationnement à ʿArafāt doit précéder la circumambulation majeure, et la marche rituelle doit venir après une circumambulation valide selon la majorité des savants.
Les obligations du pèlerinage
Les obligations, dont l’omission n’annule pas le pèlerinage mais se répare par un sacrifice, sont :
- Entrer en état de ihram depuis le point d’entrée rituel reconnu, selon la parole du Prophète ﷺ lorsqu’il fixa ces points :
« Ils sont pour eux et pour quiconque passe par eux sans en être originaire, pour celui qui veut accomplir le pèlerinage ou la ‘umrah. »
(Al-Boukhari.) - Rester à ʿArafāt jusqu’au coucher du soleil pour celui qui s’y tient de jour, car le Prophète ﷺ s’y tint jusqu’au coucher et dit :
« Prenez de moi vos rites. » - Passer la nuit à Muzdalifah (la nuit du sacrifice), obligation selon la plupart des savants : le Prophète ﷺ y passa la nuit, et il dit :
« Que ma communauté prenne de moi ses rites, car je ne sais pas si je les reverrai après cette année. »
(Rapporté par Ibn Majah et d’autres.)
Il autorisa les faibles à partir après minuit, ce qui indique l’obligation du séjour nocturne ; et Allah a ordonné le rappel auprès du Sanctuaire du “Mashʿar” (le lieu sacré du souvenir).
Il est permis aux faibles — femmes, enfants, et ceux pour qui la foule est pénible — de partir vers Minā en fin de nuit afin de lapider la stèle avant l’arrivée massive des gens. Ibn Abbas رضي الله عنهما dit : « J’étais parmi ceux que le Prophète ﷺ fit partir avec les faibles de sa famille de Muzdalifah vers Minā. » (Al-Boukhari et Muslim.)
Et Aïchah رضي الله عنها rapporte : « Le Messager d’Allah ﷺ envoya Oumm Salamah la nuit du sacrifice ; elle lapida la stèle avant l’aube puis accomplit la circumambulation majeure. » (Abou Dawoud.)
- Passer les nuits à Minā durant les jours de “tachrîq” (les jours qui suivent la fête), car le Prophète ﷺ y passa la nuit et dit : « Prenez de moi vos rites. » Il permit à son oncle al-Abbas de passer les nuits à La Mecque à cause de la distribution de l’eau, et il accorda une dispense aux gardiens de chameaux : cela montre l’obligation pour celui qui n’a pas d’excuse.
- La lapidation des stèles : la stèle de l’Aqaba le jour de la fête, puis les trois stèles les jours de tachrîq, car telle fut la pratique du Prophète ﷺ, et parce qu’Allah تعالى dit :
﴿ واذكروا الله في أيام معدودات فمن تعجل في يومين فلا إثم عليه ومن تأخر فلا إثم عليه لمن اتقى ﴾ (البقرة: 203)
La lapidation fait partie du rappel d’Allah, conformément à la parole du Prophète ﷺ :
« La circumambulation autour de la Maison, la marche rituelle entre aṣ-Ṣafā et al-Marwah, et la lapidation des stèles n’ont été instituées que pour établir le rappel d’Allah. »
(Abou Dawoud et d’autres.) - Le rasage ou la coupe des cheveux, car le Prophète ﷺ l’ordonna :
« Qu’il raccourcisse, et qu’il sorte de l’état de ihram. »
(Al-Boukhari et Muslim.)
Il invoqua trois fois pour ceux qui se rasent et une fois pour ceux qui raccourcissent. - La circumambulation d’adieu, conformément à sa parole ﷺ :
« Qu’aucun ne parte avant que son dernier acte ne soit (une circumambulation) autour de la Maison. »
(Rapporté par Muslim.)
Et d’après Ibn Abbas : « Les gens furent ordonnés que leur dernier acte soit auprès de la Maison, sauf qu’on a allégé cela pour la femme menstruée. »
Ces obligations : le pèlerinage reste valide si l’une d’elles est omise, mais l’omission se répare par un sacrifice (une brebis, ou le septième d’un chameau, ou le septième d’une vache), à immoler à La Mecque et à distribuer aux pauvres du Sanctuaire, conformément à la parole d’Ibn Abbas رضي الله عنهما :
« Celui qui oublie quelque chose de ses rites ou l’abandonne, qu’il répande un sang (qu’il sacrifie). »
Les traditions et recommandations du pèlerinage
Tout ce qui n’entre pas dans les piliers et les obligations relève des Sunan, par lesquelles le pèlerin parfait son mérite : comme passer la nuit à Minā le huitième jour, la circumambulation d’arrivée, le pas vif dans les trois premiers tours, se découvrir l’épaule droite durant cette circumambulation, les ablutions complètes avant l’entrée en ihram, porter deux étoffes blanches propres, prononcer la talbiya depuis l’entrée en ihram jusqu’à la lapidation de la stèle de l’Aqaba, toucher et embrasser la Pierre noire, réciter les invocations et les rappels transmis, et d’autres pratiques recommandées que le pèlerin gagnerait à préserver en suivant le Prophète ﷺ, même si leur omission n’entraîne rien.
Règles de la ‘umrah
Quant à la ‘umrah, elle a, selon la majorité des savants, trois piliers : l’ihram, la circumambulation et la marche rituelle.
Ses obligations sont : entrer en ihram depuis le point d’entrée rituel (miqat), se raser ou raccourcir, et la circumambulation d’adieu pour ceux qui jugent son obligation. Le reste est recommandé : celui qui délaisse un pilier ne parachève sa ‘umrah que par son accomplissement ; et celui qui délaisse une obligation la compense par un sacrifice.