Le statut de la prière de l’Aïd et ses conditions
Le sens du mot Aïd
Le mot Aïd, dont le pluriel est a‘yâd, désigne ce qui revient et se répète d’une fois à l’autre, ce dont le retour devient habituel. Il est donc lié à l’idée de récurrence et de retour.
Le terme i‘tiyâd désigne, à l’origine, l’habitude de revenir régulièrement. Puis ce mot en est venu à désigner, de manière spécifique, ce jour particulier qui revient deux fois dans l’année. Certains ont aussi dit que son étymologie renvoie à l’habitude, parce que les gens s’y sont accoutumés.
La législation de la prière de l’Aïd
La prière de l’Aïd fait partie des prières particulières qu’Allah a instituées pour Ses serviteurs à l’occasion d’un événement précis, à savoir la fête. En ce jour, les croyants se rassemblent après avoir jeûné le Ramadan ou accompli le pèlerinage, et reçoivent, à travers ces deux fêtes, la récompense de leur Seigneur en retour des actes d’obéissance et de rapprochement qu’ils ont accomplis. La prière de l’Aïd est donc établie par le Coran, la Sunna et le consensus.
Elle a été instituée la deuxième année de l’Hégire.
Le statut juridique de la prière de l’Aïd
L’avis le plus fort est que la prière de l’Aïd est une obligation collective. Si un nombre suffisant de personnes légalement responsables l’accomplit, l’obligation tombe pour les autres. Mais si les habitants d’une localité s’accordaient tous à l’abandonner, l’imam les combattrait jusqu’à ce qu’ils l’établissent, car le Prophète صلى الله عليه وسلم, ainsi que les califes après lui, l’ont observée avec constance. Et parce qu’elle fait partie des rites manifestes de l’islam, or ce qui relève des rites visibles de la religion est une obligation collective.
Le statut de la présence des femmes à la prière de l’Aïd
L’avis le plus juste est que la présence des femmes à la prière de l’Aïd est recommandée. Il n’y a pas, à cet égard, de différence entre la jeune femme et la femme âgée, à condition qu’elles observent le voile prescrit, demeurent pudiques, ne se parfument pas et sortent sans parure, simplement vêtues.
Le statut de la sortie des enfants vers le lieu de la prière de l’Aïd
Il est recommandé de faire sortir les enfants pour la prière de l’Aïd, même s’ils ne prient pas eux-mêmes, car leur présence contribue à manifester les rites de l’islam.
Le lieu où doit être accomplie la prière de l’Aïd
La Sunna veut que la prière de l’Aïd soit accomplie dans un espace découvert, ou dans un lieu vaste situé hors de la ville, à condition qu’il soit proche afin de faciliter aux gens le fait de s’y rendre. En effet, le Prophète صلى الله عليه وسلم accomplissait les deux prières de l’Aïd dans le musallâ situé à la porte de Médine, à l’endroit que l’on appelle aujourd’hui la mosquée al-Ghamâma, à l’ouest de la Mosquée prophétique, légèrement incliné vers le sud.
De même, les califes bien guidés après lui, Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân et ‘Alî, qu’Allah les agrée, se rendaient au musallâ pour y accomplir la prière.
Une exception a cependant été mentionnée pour les habitants de La Mecque. Certains savants ont dit qu’il est préférable pour eux de prier dans le Haram, en raison du mérite particulier de la multiplication de la récompense en ce lieu, et de l’honneur singulier qu’Allah, exalté soit-Il, a réservé aux gens de La Mecque dans cette mosquée.
D’autres ont dit que cela s’explique aussi par l’étroitesse de ses abords et de ses passages, resserrés par les montagnes, si bien qu’il leur est difficile de sortir vers un endroit assez vaste pour les contenir, contrairement à ce qui est possible dans des villes comme Médine et d’autres semblables.
La sagesse dans l’accomplissement de la prière de l’Aïd au musallâ
La sagesse de cette prière accomplie au musallâ est que les musulmans aient, deux fois dans l’année, une occasion où les habitants de chaque cité, hommes, femmes et enfants, se rassemblent, tournés vers Allah d’un seul cœur, unis par une même parole. Ils prient derrière un seul imam, proclament la grandeur d’Allah, célèbrent Son unicité et L’invoquent avec sincérité, comme s’ils ne formaient qu’un seul homme, heureux et réjouis par les bienfaits d’Allah à leur égard.
Peut-on multiplier les lieux de prière ?
La prière de l’Aïd, à l’image de la prière du vendredi, n’est en principe instituée que dans un seul lieu où l’ensemble des gens se rassemble. Mais si cela leur cause une difficulté, il leur est alors permis de multiplier les lieux de prière dans la mesure nécessaire pour lever cette gêne.
Le statut de l’accomplissement de la prière de l’Aïd dans la mosquée
Il n’a pas été rapporté du Prophète صلى الله عليه وسلم qu’il ait accompli la prière de l’Aïd dans la mosquée sans excuse. En revanche, il est établi qu’il l’a accomplie dans la mosquée un jour de forte pluie.
Dès lors, il est réprouvé d’accomplir la prière de l’Aïd dans les mosquées sans excuse, car la Sunna est de l’accomplir dans un espace découvert, conformément à la pratique du Prophète صلى الله عليه وسلم. De plus, sortir vers ce lieu donne à l’islam et aux musulmans une plus grande majesté, et cela contribue à faire apparaître les rites de la religion. Il n’y a d’ailleurs pas là de gêne, puisque cela n’a lieu qu’occasionnellement, contrairement à la prière du vendredi. Il en va autrement à La Mecque, où l’on prie dans la Mosquée sacrée. Mais s’il existe une excuse, telle que la pluie, la foule, ou autre chose du même ordre, il est alors permis de l’accomplir dans les mosquées.
Et s’il se trouve dans la ville des personnes faibles ou incapables, l’imam désigne quelqu’un pour diriger leur prière dans la mosquée de la ville, à l’exemple de ‘Alî رضي الله عنه. Quant à celui qui prie dans la mosquée sans excuse, sa prière reste valide, mais il a délaissé la Sunna et abandonné ce qui est préférable.
Ainsi, la prière de l’Aïd dans la mosquée ne sort pas de deux cas :
- Le premier, qu’elle soit accomplie sans excuse. Nous disons alors que cela est réprouvé, car c’est contraire à la Sunna du Prophète صلى الله عليه وسلم et à la pratique des musulmans, et parce que ce qui est recherché dans la prière de l’Aïd est la manifestation visible du rite, chose que son accomplissement dans la mosquée empêche.
- Le second, qu’elle soit accomplie pour une excuse, par exemple s’il y a des personnes faibles incapables de sortir, ou en cas de pluie, d’encombrement ou autre. Dans ce cas, il est permis de l’accomplir dans les mosquées. La preuve en est que ‘Alî رضي الله عنه avait désigné quelqu’un pour prier avec les personnes faibles dans la mosquée.
Le temps de la prière de l’Aïd
Le temps de la prière de l’Aïd commence lorsque le soleil s’est élevé après son lever de la hauteur d’une lance, soit environ dix à quinze minutes après le lever du soleil.
Son temps s’étend jusqu’au moment où le soleil quitte le milieu du ciel, c’est-à-dire jusqu’au zénith. En effet, lorsque le soleil se lève, tout objet élevé projette une ombre vers l’ouest. Plus le soleil monte, plus cette ombre diminue. Lorsqu’elle cesse de diminuer et commence à s’allonger de nouveau, c’est le signe que le soleil a passé le zénith. Or le moment qui précède immédiatement le zénith, appelé temps de l’istiwâ’, est un temps où la prière est interdite. Ainsi, le temps de la prière de l’Aïd va du moment où le soleil s’est levé et élevé de la hauteur d’une lance jusqu’au zénith. C’est ce qui est établi du Prophète صلى الله عليه وسلم. Elle ne se prie donc ni pendant le lever du soleil lui-même, ni avant son lever, ni entre le fajr et le lever du soleil, et cela fait l’objet d’un consensus.
Il est préférable, pour l’Aïd al-Adhâ, d’avancer la prière afin que les gens puissent immoler rapidement leurs bêtes. En revanche, pour l’Aïd al-Fitr, il est préférable de la retarder un peu afin que les gens aient le temps de verser leur zakât.
Les conditions de la prière de l’Aïd
La prière de l’Aïd requiert les conditions suivantes :
1 – L’entrée du temps
La prière de l’Aïd n’est pas valable avant le lever du soleil, selon l’unanimité des savants. Il a déjà été mentionné que son temps commence lorsque le soleil s’est élevé de la hauteur d’une lance, et dure jusqu’avant le zénith.
2 – La présence du nombre requis
L’avis le plus fort est que la prière de l’Aïd peut être établie à partir de trois personnes ou plus.
3 – La résidence stable
L’avis le plus juste est que la prière de l’Aïd est instituée pour ceux qui résident dans des habitations construites selon l’usage habituel, comme c’est le cas pour la prière du vendredi. Dès lors, la prière de l’Aïd ne s’établit que là où il est licite d’établir la prière du vendredi. Quant aux voyageurs, ils n’ont pas à accomplir la prière des deux Aïds, car le Prophète صلى الله عليه وسلم ne l’a pas accomplie en voyage, ni les califes après lui.
En résumé, la prière de l’Aïd n’est pas valide avant l’entrée de son temps, elle ne s’établit pas en deçà de trois personnes, et elle n’est pas obligatoire pour le voyageur qui n’est pas résident établi.